Bref
Contenu
Ce livre est une réédition d’un livre épuisé paru en 1994 et
mis à jour. Son auteur, directeur de la revue MAUSS (Mouvement
Anti-Utilitariste en Science Sociale) analyse et critique
plusieurs auteurs pour leur vision « utilitariste » de la
sociologie pour Bourdieu ou de la politique pour Socrate. Pour
Bourdieu la notion de capital ‘symbolique’ est en fait une
généralisation de la notion de capital, et il reste un
« intérêt » pour la personne à acquérir ce capital symbolique
qui pourra être un jour transformer en espèce sonnantes et
trébuchantes. Dans une deuxième partie A. Caillé nous présente
une analyse originale de la pensée politique de Platon pour
démontrer avec force le caractère « utilitariste » de la pensée
de Platon. Protagoras « Toutes les actions qui ont pour fin une
vie agréable et sans chagrin ne sont-elles pas belles, et toute
œuvre belle n’est elle pas bonne et utile, l’agréable est donc
le bon » . Dans une troisième partie plus courte, l’auteur
esquisse sa pensée sur le don, l’intérêt et le désintéressement.
Au-delà de l’échange marchand, il y a le don c’est à dire pour
l’auteur à la suite de Mauss, une obligation de donner, recevoir
et rendre créatrice et objet de lien social. Il entend montrer
que le don pur, sans intérêt, est plutôt une chimère qui
n’apporte pas grand-chose, ou au mieux un idéal comme pour
l’agapè chrétienne et encore. Néanmoins les actes peuvent
comprendre et comprennent une part de don, comme une part
d’intérêt. On ne peut pas expliquer tout par la logique de
l’intérêt.
Mes
commentaires
L’argumentation est fouillée, serrée, parfois un peu
fastidieuse comme pour la critique de Bourdieu surtout pour ceux
qui connaissent mal sa pensée. Plus intéressante est l’analyse
de la pensée de Platon, on en ressort convaincu que Platon est
« utilitariste ». Il procède comme Bentham par calcul des peines
et des plaisirs. Dans la vision de Platon le bien commun, c’est
le maximum de bonheur pour le maximum de gens et c’est au
philosophe seul qu’est donné la capacité de faire ce calcul et
d’imposer sa loi dans la cité. Ce qu’Alain Caillé qualifie de
« don » est un peu particulier ce sont ces échanges de types
symboliques et qui ne sont pas sous la logique du marché, mais
sous une logique plus social (faire un cadeau qui oblige). On a
plutôt l’impression qu’on devrait parler d’échanges symboliques.
Mais il me semble que le don, comme celui d’une mère pour
l’éducation de ses enfants, répond peu à une logique de don « maussien ».
Faudrait-il définir le don autrement ? A lire aussi « L’essai
sur le don » de Mauss très souvent cité comme texte de référence
par A. Caillé. Implicitement pour Bourdieu comme pour Caillé
l’échange marchand est vu d’un mauvais œil, c’est la
marchandisation de la société qu’il s’agit de combattre, mais
sans qu’on sache vraiment bien pourquoi. Le différent entre eux
est ailleurs, A. Caillé ne veut pas se faire enfermer dans
l’utilitarisme bourdieusien, ni dans la logique du don pur et
désintéressé sans consistance. Jean-Paul II a souvent écrit : «
l’homme ne peut se trouver que dans le don désintéressé de
lui-même », est-ce à dire qu’il contredit A. Caillé ? Il
faudrait analyser plus avant. Mais n’est-il pas raisonnable
d’avancer que seul Dieu est capable d’un acte de don pur, ce qui
ne veut pas dire que l’homme ne soit pas capable d’un certain
don de soi. A lire aussi sur ce thème « Eh bien dites Don ! »
par le Père Pascal Ide.
Par
R.Balmès
La Découverte | MAUSS – Avril 2005 – Publié à
Cahors – ISBN 2-7071-4496-7
Dialoguer |