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Entreprises productrices de valeurs ?par R. Balmès |
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Au fil de nos lectures
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La mode est à l’éthique dans les entreprises. Qui n’est pas confronté : • aux chartes éthiques en projets ou en actions, • aux communications sur les valeurs fondamentales (core values) • ou bien à des projets connexes comme les procédures Whistleblower liés à l’application de la loi Sarbanne-Oxley[1], ou encore les hotlines éthiques.
Mettez des gens ensemble ! Faites les travailler, si possible avec des consultants, sur les valeurs: que du positif ! Un catalogue de bonnes intentions : honnêteté, transparence, souci de l’autre. Que sais-je encore ? Alors pourquoi les comportements ne suivent ils pas ? Ou alors les entreprises s’achètent-elle une bonne conduite (pour cher) ? Les prochaines Semaines Sociales vont même encore plus loin il s’agit de réfléchir à la « transmission de valeurs ». L’entreprise une institution qui crée et transmet des valeurs. Et en effet on connaît le célèbre HP-Way, ou encore Danone (ex BSN) entreprise sociale, ou encore Renault en son temps. La question qui me turlupine depuis longtemps est la suivante : « Peut-on accepter que l’entreprise s’arroge le droit de définir des valeurs ? » N’y a t il pas un risque de manipulation. C’est quoi une valeur ?Mais d’abord commençons par le commencement. Qu’est-ce qu’une valeur ? Un concept fourre-tout à l’évidence mais qui a son importance vu l’utilisation intensive du mot et les débats véhéments auquel il donne lieu. On oppose par exemple les valeurs bourgeoises aux valeurs ouvrières comme dans l’article proposé par les Semaines sociales : Mythes et valeurs de la Jeunesse, par Joseph Folliet, session 1961. La laïcité aurait ses valeurs, lesquelles ? Récemment avec le débat post 35heure on a même parlé de la valeur « travail ». Dans un groupe que je connais bien on a définit 6 valeurs fondamentales : « le client avant tout, la réalisation des objectifs, la quête de la qualité, l’esprit entrepreneurial, l’éthique, les valeurs humaines », un inventaire à la Prévert, quoi. Wikipedia nous dit : « Valeur sociale : Principe général d’inspiration morale appelée à orienter l’action des individus en société, en leur fixant des buts, des idéaux et donc des moyens de juger leurs actes. Ces valeurs sont abstraites et elles constituent un ensemble cohérent hiérarchisé qu’on appelle système de valeur. » Pour simplifier il me semble qu’on invoque les valeurs quand on attend de quelqu’un comportement vertueux, quand on propose un bien moral. Mais l’entreprise est elle qualifiée pour définir ce qui est vertueux de ce qui ne l’est pas ? Ou bien est-elle entrain de manipuler les personnes pour les faire adhérer un peu plus à ces objectifs ? Ce qu’on refuse à l’Église et parfois à l’État on l’accorde à l’entreprise. Curieux ? L’entreprise attend des hommes vertueux,Prenons l’honnêteté comme exemple typique de valeur (ou bien moral). L’entreprise est-elle qualifiée pour définir « l’honnêteté et si c’est un bien ? Certes non. Encore que parfois quand on regarde les scandales récents, on peut penser à des systèmes institutionnalisés ou tricher est mieux vu que l’inverse. Et tous nous pouvons citer des exemples de structures déviantes, dans des entreprises qui se veulent « propres ». Ne soyons pas naïfs ! Mais en un sens l’entreprise doit tendre à mettre en œuvre le bien moral. Car parce qu’elle est un corps intermédiaire l’entreprise est porteuse d’un bien commun (de toutes les parties prenantes direction, salariés, actionnaires, fournisseurs, etc…), elle est donc investie d’une autorité pour faire en sorte que ce bien commun soit préservé, maintenu, développé. Il lui faut indiqué les comportements qui vont dans le sens du bien commun et ceux qui s’y opposent. L’entreprise –implicitement souvent- attend des hommes qu’ils soient vertueux ! Ou du moins devrait, car parfois elle s’accommode facilement que certains fassent le sale boulot. Et en ce sens les codes éthiques sont comme un garde-fou pour le management et lui renvoi son objectif de vertu qu’elle a pu ou pourrait oublier. Mais attention si ces codes deviennent des paravents, qui « jettent un voile pudique sur une scène d’une rare violence », la chute sera rude. Gare à la manipulation ! Et le chrétien dans tout cela ?Qu’est ce qui distingue un chrétien d’un autre homme tant qu’on en parle des valeurs ? Pas grand-chose au premier abord. Un homme de bonne volonté partagera beaucoup avec un chrétien, il suffit de lire Aristote pour s’en convaincre [2]. Heureusement d’ailleurs, la foi ne va pas contre la nature humaine mais la porte à son achèvement, elle aide l’homme à se porter vers la vertu. En effet le chrétien ne transmet pas d’abord des valeurs, si justes et bonnes soient elles. Il témoigne de sa foi: c'est-à-dire de la mort et de la résurrection du Christ sur la base du témoignage des Apôtres. Ce fait a des conséquences sur sa vie concrète, sa foi l’oblige à une rectitude de vie. Mais cette rectitude de vie n’est pas son apanage ou son exclusivité elle est commune et partageable avec le reste de l’humanité. La foi du chrétien et donc à la fois une exigence et une aide pour se comporter mieux. Tout le monde conviendra qu’il est loin de toujours réussir. De ce fait l’Église ne transmet pas d’abord des valeurs, mais la foi reçue des Apôtres. Que cette foi implique une proposition sur ce qui est bon ou mal pour l’homme, c’est-à-dire une proposition morale, c’est une évidence. Il y a danger à voir l’Église comme une institution de transmission de valeurs, honnies par certains, appelées de leurs vœux par d’autres. On se trompe alors sur la nature réelle de l’Église, en la sclérosant dans une morale qu’on rejette forcément un jour comme un vieille chaussette. Il faut alors retrouver une intimité personnelle avec le Christ et laisser l’Esprit Saint prendre les rênes. C’est ce que le Renouveau Catholique a découvert à la suite de Vatican II. Par R. Balmès Publié le 15 Octobre 2005
[1] La loi américaine récente Sarbanne-Oxley, demande que soit mis en place un système de protection des salariés qui dénoncerait des agissements comptables illégaux. [2] L’éthique des décideurs – Henri Hude. Henri Hude développe notamment le concept philia cher à la cité grec et montre sa pertinence dans un contexte contemporain. |
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