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L'autorité : peut-on tout accepter ? 1/5B. de Lachapelle, |
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Au fil de nos lectures
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1 - L’homme, un être socialIl serait impossible de parler de l’autorité humaine ou même d’y réfléchir sans faire constamment référence aux structures sociales dans lesquelles elle s’exerce. Pour bien comprendre ce qu’est l’autorité, sa nécessité et ses limites, il faut d’abord se souvenir que l’homme est un être social, un être de relation. “L’homme (est un) (...) “être de relation”. Ce fait est constitutif de notre humanité. Nous naissons d’une relation. La sexualité, notre identité d’homme ou de femme, est elle même signifiante. Elle nous inscrit comme un être singulier et dans le même temps comme un être de complémentarité et de communion. Nous sommes ouverts à la relation et nous nous accomplissons en elle. L’apport des sciences humaines indique l’importance de la relation dans le développement de la personnalité. On sait qu’un petit enfant qui reçoit des sollicitations positives se développe. Celui qui n’en reçoit pas aura de grandes difficultés à grandir et même à survivre. D’une certaine manière, la santé psychologique d’un individu se juge à sa capacité de relation. Les maladies psychiques naissent d’une altération, d’un dysfonctionnement du mode de relation” (“L’Ethique ou le Chaos” JL Dherse et Dom H Minget Presses de la Renaissance, 1998). Parallèlement à ces constats de l’ordre des sciences humaines, constats que notre expérience et notre intelligence nous permettent de reconnaître comme vrais, les Saintes Écritures nous révèlent que Dieu fit l’homme être de relation : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie” (Genèse 2, 18) et “Homme et Femme il les créa” (Genèse 1, 27) . En cela même Dieu fit l’homme à son image car Il se révèle à nous comme étant un être de relation. Dieu se révèle comme étant plusieurs personnes divines en relation et qui sont un seul Dieu. Plusieurs personnes car “Le Verbe qui est conçu est à Celui qui Le conçoit comme la progéniture est au père” (Bref résumé de la Foi Chrétienne, St Thomas d’Aquin, ch. 39). C’est pourquoi notre Foi chrétienne nous fait confesser le Père et le Fils, que les écritures nomment aussi le Verbe. La relation qui unit le Verbe conçu au Père qui Le conçoit est une relation d’amour : “Dieu est en lui-même comme l’être aimé dans l’être aimant. De même que la pensée est en celui qui pense en tant que pensée, ainsi celui qui est aimé est nécessairement dans celui qui l’aime en tant qu’être aimé (...) de même que Dieu se pense, ainsi faut-il qu’il s’aime lui-même” (id. ch. 45). L’amour entre le Père et le Fils en Dieu s’appelle l’Esprit Saint, Il est relation par excellence et Dieu nous le révèle comme personne divine. On voit combien notre Dieu est un être de relation ! Et il est écrit : “Dieu dit ‘faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance’ (...) Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa” (Gn 1, 26-27) Ainsi, notre expérience, notre intelligence et notre foi nous font reconnaître l’homme comme un être de relation, c’est à dire un être social, à l’image de Dieu. Ceci n’est pas une faculté accessoire de l’homme, mais une prédisposition et une vocation de sa nature même. C’est pourquoi le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous enseigne (3e partie, 1e section, ch. 2 “la communauté humaine”, article 1 “la personne et la société”) “L’amour du prochain est inséparable de l’amour pour Dieu”. Ainsi, “la personne humaine a besoin de vie sociale”, c’est “une exigence de sa nature”. 2 - Il n’est pas de société sans autoritéUn être social, c’est un être qui vit au sein de communautés humaines que l’on appelle aussi des sociétés. Le catéchisme de l’Église Catholique en donne une définition très claire (3e partie, 1e section, ch. 2 “La communauté humaine”, Article 1 “La personne et la société”) “Une société est un ensemble de personnes liées de façon organique par un principe d’unité qui dépasse chacune d’elles”. Elle “perdure dans le temps” (id.) Nous connaissons ainsi de multiples formes de sociétés : la famille, l’entreprise, l’Église, la nation, le club de foot, la paroisse... Une société contribue au bonheur de l’homme, si (id.) “chaque homme (y) est constitué héritier, (y) reçoit des talents qui enrichissent son identité et dont il doit développer les fruits” (id). Héritier, talents, identité, fruits, tout cela pour favoriser le bonheur propre de chacun d’entre nous, et en même temps pour permettre à chacun d’entre nous de favoriser le bonheur des autres. De fait, dans la société, les conditions de notre bonheur et les conditions du bonheur des autres sont intimement liées. Et hors de la société, nous n’existons pas, nous sommes confrontés au néant. 2.1 l’autorité nécessaire à l’apprentissage et à l’exercice du donMalheureusement, l’Histoire des hommes et les sciences humaines nous enseignent que les individus ne tendent pas naturellement vers l’ordre social qui permet le développement du bonheur de chacun. Par exemple, la satisfaction des besoins vitaux les plus primaires des personnes les plus faibles (on entend ici la faiblesse dans l’ordre de la nature : les enfants, les vieillards, les personnes souffrant d’un handicap, etc.) ne sont pas possibles sans ordre social, et l’ordre social lui-même nécessite que des personnes soient investies d’une autorité. Quant aux plus forts, on peut aussi se dire - si l’on adopte un regard évangélique - que le bonheur de leur coeur profond est impossible hors du don d’une part de leurs forces aux plus faibles qu’eux. Ce bonheur est également impossible sans savoir recevoir du plus faible, recevoir notamment son amour, son exemplarité dans l’humilité. En effet, à la lumière de notre Foi et de notre expérience humaine, l’on peut dire que la relation première pour laquelle nous sommes faits à l’image de Dieu est une relation de don, d’amour, sans laquelle il manque l’essentiel à l’accomplissement de notre nature. “Si je n’ai pas l’Amour je ne suis rien” (1e lettre de St Paul aux Co., lire ch. 13, 1 à 3). Saint Paul nous affirme avec son autorité apostolique que tous nos talents et tous nos charismes passeront, que “demeurent Foi, Espérance et Charité, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité” (id. ch. 13 verset 13). Or la charité se vit dans la relation, dans la société, dans l’ordre social, auquel l’autorité humaine est nécessaire. Si les structures sociales, les lois, la culture, n’incitent pas les plus forts à donner de leur force aux plus faibles et à recevoir de ceux-ci le don de leur faiblesse, non seulement leurs penchants mauvais (qui sommeillent en chacun de nous) risquent donc fort de ruiner le bonheur de tous, mais c’est à côté de leur propre vocation à l’amour qu’ils passeront. En assurant à chacun la possibilité et même l’obligation de donner et de recevoir dans la société, l’autorité veille (parfois sans le savoir), souvent avec l’appui de coutumes, lois ou règlements, aux conditions du bonheur de chacun. On voit bien là que l’individualisme s’oppose à un ordre social légitime en ce qu’il rejette l’obligation de donner et de recevoir, ce qui risque d’en éliminer jusqu’à l’idée même. 2.2 l’autorité nécessaire à la primauté de la justice sur le droit et au partage de responsabilitéAinsi, les structures sociales permettent et imposent certaines formes de partage. Simultanément et inversement, elles limitent la responsabilité matérielle de chacun envers autrui (la responsabilité morale, elle, demeure illimitée jusqu’au don total de soi) et en répartissent la charge d’une manière juste. Des lois, règles ou coutumes définissent ainsi des droits et des devoirs de solidarité dont l’unique justification est la recherche de la Justice (nécessaire au bien commun, cf. infra). L’autorité doit veiller à ce que la Justice, qui recherche le bien commun, prime bien sur le droit et inspire la définition et l’exercice du droit. En effet le droit, s’il restait immuable et sèchement appliqué, limiterait l’exercice de la Justice (car il favoriserait individualisme, bureaucratie, technocratie...) et deviendrait un frein au bien commun (Mt 5 17-47; Mt 19, 3-8; Mt 23, 1-23). La judiciarisation croissante des conflits ordinaires au sein des sociétés libérales parallèlement à la montée des individualismes laisse craindre une relation inversée entre justice et droit dans les grandes démocraties occidentales. Ceci ne menace-t-il pas leur fondement même ? Ainsi, dans l’État politique, 1 - les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires, qui détiennent l’autorité, doivent veiller à ce que les lois résultent de la primauté du bien commun, et à ce que leur application par le droit favorise l’avènement du bien commun, et non des intérêts égoïstes, ni le droit pour lui-même (“le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat”, Mc 2, 27). 2 - l’existence même de ces autorités et l’ordre social qu’elles assurent fait porter la responsabilité du bien commun à la société dans son ensemble, et non pas seulement aux individus pour qui le fardeau serait lourd, s’ils le portaient seuls, au point d’aller à l’encontre de la justice. Ce qui vaut pour l’État politique vaut pour l’autorité dans l’entreprise et la manière qu’ont les dirigeants d’y promulguer et d’y faire appliquer toute forme d’organisation, de code de conduite, de règlement intérieur, de loi sociale, etc. Cela vaut aussi pour l’autorité en famille et les “règles du jeu” qui y permettent une vie sociale authentique. Bref, le fondement de l’exercice de toute autorité est de tendre au bien commun. De même que la Justice est la finalité du droit et prime sur le droit, ce fondement est plus légitime encore que les lois dans le cadre desquels l’autorité est attribuée et s’exerce. 2.3 conclusion : pas de société sans autoritéC’est pourquoi l’Église Catholique nous dit qu’il ne peut y avoir de société fertile, favorisant l’épanouissement de l’homme, sans qu’il y ait des personnes en charge d’exercer l’autorité : “A la vie en société manqueraient l’ordre et la fécondité sans la présence d’hommes légitimement investis de l’autorité qui assurent la sauvegarde des institutions et pourvoient, dans une mesure suffisante, au bien commun” (catéchisme 3e partie, 1e section, ch.2, article 2 “la participation à la vie sociale”).
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