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La dignité de la personne humaine - DSE 2/6par Jean-Loup Dherse, |
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Au fil de nos lectures
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Article précédent: Dans un premier document, nous avons présenté la Doctrine Sociale en général, mais il ne nous a pas été possible de le faire sans témoigner de l’importance de la dignité de la personne. Revenons à ce concept fondamental. La dignité de la personne humaine est acceptée dans son principe par de multiples groupes sur terre, même si certains de ces groupes ne sont pas toujours d’accord entre eux sur ce qu’est une personne humaine. Les concepts concernant ce qu’est un homme ou une femme sont souvent flous, mais il y a des convergences : en fait, tout le monde ou presque finit par découvrir que la personne humaine est un mystère ; ceci implique que l’homme ne doit pas être considéré comme un pur instrument. Instrumentaliser complètement quelqu’un, c’est l’écraser, c’est lui refuser sa dignité. On ne doit pas écraser un mystère. La dignité de l’homme n’est pas toujours acceptée dans les faits. L’homme n’est-il pas souvent le plus grand ennemi de sa propre dignité ? Et ceci dans deux cas opposés : quand il se réduit lui-même à un mammifère évolué, un matériau biologique manipulable, ou quand il fait le petit dieu, se croyant capable de décider souverainement du droit de vivre ou de mourir de son prochain, voire de se créer lui-même ! A ce moment, c’est l’autre qui devient un simple matériau biologique ! En dehors de ces extrêmes, chacun de nous sait être plus que ce que les autres peuvent percevoir de lui, voire que ce que lui-même peut comprendre de sa propre personne. Ce sanctuaire intérieur qui échappe à l’observation est ce qui différencie radicalement l’homme de l’animal et ce qui justifie le respect inconditionnel que l’on doit à toute personne humaine. Ce qui fait la véritable dignité de l’homme est donc ce sanctuaire caché de son intériorité, de sa liberté. Chaque existence est donc effectivement porteuse d’un mystère. Dans la vie courante, on peut remarquer qu’une certaine instrumentalisation – limitée – de la personne est compatible avec sa dignité, sous des conditions bien définies. Il est ainsi normal de « louer » sa capacité de travail. Le salariat, justement recherché par tant de personnes sans-emploi, est une instrumentalisation partielle (partielle, car le salarié n’engage pas toute sa vie envers son employeur) et elle est juste quand le salaire et les conditions de travail sont justes. Il ne serait pas normal de faire faire à quelqu’un n’importe quoi en échange d’une rémunération, même importante : les limites sont celles de la morale, et aussi celles de la DSE : le salaire doit être « juste », les conditions de travail acceptables, etc… Pour entrer dans les détails, on peut lire le Compendium et les documents de base de la DES, dont le Catéchisme de l’Église Catholique. Signalons l’engagement des syndicats chrétiens, qui ne sont pas marxistes par définition, et qui font un travail souvent remarquable pour faire respecter la justice sociale dans un jeu de concurrence effréné entre syndicats, jeu qui permet à certains de rechercher le pouvoir en utilisant les injustices dont d’autres sont victimes. Ils sont les gardiens de la Doctrine Sociale appliquée. Nous verrons que la dignité de la personne requiert qu’un minimum de personnes dans le monde agissent pour ce qu’on appelle « le bien commun ». Bien entendu, il n’y a pas besoin de croire dans le Dieu-Amour qui appelle l’homme à être un enfant, son enfant, pour croire dans le mystère de l’homme et se refuser à l’instrumentaliser injustement. De toute façon, la DSE n’en demande pas tant, puisqu’elle se contente de recommander que l’on ne traite pas l’autre comme un pur instrument, c’est-à-dire que l’on respecte son mystère. Ceci est déjà assez exigeant et parfois éloigné de ce qui est couramment pratiqué. Ne devons-nous pas descendre un peu plus profondément dans le mystère de la personne humaine ? Les « zones de l’être » décrivent la personne comme un oignon : • En surface, il y a la zones des sens : vue, ouïe,
toucher goût, odorat. C’est une belle zone, celle qui nous met en
communication avec le monde sensible. Si on nie l’existence de ce « cœur profond » on adopte une conception agnostique du monde : tout est et doit être expliqué sans Dieu autour de l’homme seul, mis au centre ou au sommet de tout le réel. Si l’on ne tient pas compte de l’existence d’un Dieu créateur, celui-ci devient alors au mieux une option personnelle, et c’est l’homme qui remplace Dieu. L’homme devient la seule clé du réel. Qu’entend-on exactement lorsqu’on dit : ne pas écraser la personne ? N’est-ce pas un point de vue trop statique : suffit-il de ne pas marcher sur les pieds de quelqu’un pour le respecter ? Probablement pas : il faut non seulement ne pas lui faire du mal gratuitement, mais aussi l’aider à grandir d’une certaine façon, vers un certain état. Nous verrons cela plus précisément dans la page sur la subsidiarité, mais on peut dire des choses sur ce sujet dès maintenant. Il y a une dynamique de croissance de la personne et cette dynamique n’est pas perçue de la même façon selon que l’on est chrétien ou pas. Pour un chrétien, comme pour un juif croyant, la personne humaine contient une marque divine : l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dieu est pur amour : Il laisse l’homme absolument libre, y compris de faire le mal, et de se faire du mal. Au point que l’homme peut en venir à nier sa propre liberté à l’égard de Dieu ! Mais Dieu vient sauver l’homme de ses erreurs et fautes. Finalement, l’homme est appelé à (re)devenir un enfant confiant, malgré les résistances internes qui résultent notamment des cicatrices que lui ont causé les manques d’amour dont il a pu faire l’objet dans sa vie depuis sa conception, pendant sa petite enfance et sa jeunesse. La vie est un long pèlerinage vers la sérénité. La conversion vers Dieu à laquelle chaque homme est invité appelle l’image de la poupée russe : la poupée centrale est cet enfant de Dieu que l’homme est destiné à être éternellement. Elle est enfermée dans une carapace qui est ce vieil homme, qui résiste à l’homme nouveau qui est l’enfant qui grandit. Le vieil homme cherche avant tout à ne pas disparaître, et va jusqu’à singer l’homme nouveau pour ne pas se faire chasser. Dieu est témoin et acteur dans ce processus : il intervient à la demande, il est venu pour sauver et non pour condamner. Il parie sur chacun et fait grandir l’homme nouveau, ou l’enfant, dans une coopération avec chacun de nous. La dignité de l’homme requiert sa liberté, que l’homme met en jeu pour répondre à sa vocation et pour se conformer à ce bien promis par Dieu et attesté par la conscience morale. Les êtres humains s’édifient eux-mêmes et grandissent de l’intérieur : ils font de leur vie un matériau de leur croissance. En se laissant convertir en enfants de Dieu, notamment par l’expérience du mal qu’ils font malheureusement toujours et de la miséricorde inépuisable de Dieu, ils accèdent à la perfection de la charité. La dignité de l’homme comprend sa croissance vers l’enfant qu’il est appelé à être et cette dignité est essentielle à ce dynamisme. Le monde autour de chacun, c’est-à-dire aussi la société, est le décor dans lequel la pièce se joue. Ce monde est très important. Il a aussi valeur d’éternité. C’est ce que les chrétiens sont heureux d’apporter à tous les hommes : respecter le mystère de l’autre suffit pour être la personne de bonne volonté qui respecte le mystère de l’autre. Ce mystère fait que les hommes sont égaux en dignité, bien que chacun soit différent et unique, même la personne handicapée. Toute personne humaine est digne, même si elle ne le sait pas ou ne le montre pas. Jean-Loup Dherse Publié le 5 Novembre 2005
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