Présence & Témoignage

Vers le Bien Commun - DSE 3/6

par Jean-Loup Dherse,

    

Au fil de nos lectures

Back
Home
Up
Next

 

 De Jean-Loup Dherse, le 6 mars 2006

Quelques vues sur la Doctrine Sociale de l’Eglise (la DSE) - 3

 Dans un premier document, nous avons présenté la Doctrine Sociale en général, puis dans un second, nous avons présenté la dignité de la personne humaine. Nous en arrivons maintenant au Bien Commun.

Nous avons vu que le monde matériel est beau, il est bon dans son principe, et que c’est un outil à la disposition des hommes. Bien sûr, le mal existe et fait de très gros ravages : tout le monde en souffre et le sait plus ou moins. Tout dépend de la façon dont les hommes utilisent cet outil qu’est le monde, c'est-à-dire se comportent dans ce qu’il font. Bien entendu les hommes sont libres de dire que Dieu n'existe pas, ou qu'il a cessé d'intervenir après avoir créé le monde. Chacun est libre de se tromper, mais il faut essayer de ne pas tromper les autres.

 Nous avons tous pensé à ce que pourrait être le monde si les hommes – y compris nous-mêmes - se comportaient « bien ». Le paradis sur terre est une image qui figure dans le cœur de chacun. Mais c'est une image floue.

Dans un monde idéal, chacun recherche le bien de tous et en tire ce qui lui revient. Chacun y a une place et la trouve. Ceci n'exclut pas les conflits, mais ceux-ci se résolvent dans le respect de l'autre et dans la recherche de la justice. Il n’y a pas de chômeurs ou d’exclus au paradis ; on n’y trouve pas de mal, ni de conséquences du mal : le Bien Commun y règne. On sait que le paradis sur terre n’existe pas, c’est une utopie, alors qu’est-ce que le Bien Commun ? En quoi nous importe-t-il ?

 Examinons ce beau schéma, qui peut nous aider à penser, et à vivre.

 Le Bien Commun est souvent confondu avec l’optimum des économistes. Ceux-ci bénéficient du prestige de la science, qui dans l’inconscient collectif peut tout alors qu’elle n’explique que le « comment ? » des choses et non pas leur « pourquoi ? » Pour un économiste, l’optimum est la position globalement la meilleure, celle qui à tout instant ne peut que se détériorer si on apporte un changement quelconque à la situation de qui que ce soit. A l’optimum, lors de toute variation, ce que Pierre va gagner en plus dans tout changement est exactement compensé par ce que Paul va perdre. Pierre se laisser convaincre par le changement, mais pas Paul : Pierre et Paul ne sont pas interchangeables. Les être humains ne sont pas interchangeables. Le bien commun n'est pas l'optimum des économistes.

Le Bien Commun ne doit pas non plus être confondu avec l’intérêt général, que les fonctionnaires servent de leur mieux (au moins certains). L’intérêt général est une notion floue. Quand j’étais fonctionnaire, j’étais persuadé (et j’essayais de persuader les autres, c'est-à-dire mes collègues) que l’intérêt général serait mieux servi si les affaires les plus intéressantes à traiter venaient sur mon bureau plutôt que chez eux. (C'était normal puisque j'étais le plus intelligent !) Mais je n'aurais pas pu définir ce qu'était l'intérêt général. Maintenant non plus, je ne le sais pas plus, bien que je sache par expérience que mon intelligence est limitée.

Aujourd’hui, le Bien Commun lui-même est galvaudé. Il en arrive à être pour certains les biens communs, tels que les ressources (jusqu’ici gratuites) que sont l’air par exemple. (L’eau n’est pas gratuite.)

Comment comprendre alors ce qu’est véritablement le Bien Commun ?

 Un ami japonais très intelligent, le rédacteur en chef du grand quotidien économique japonais (Asahi Shinbun), en a donné une bonne définition, imagée: il disait en parlant de tout homme d’action, de tout responsable (et qui peut se dire non-responsable ? - Si quelqu'un le peut, alors ses supérieurs devraient se faire tirer les oreilles) : « Nous sommes tous en train de trottiner dans le brouillard (car nous ne connaissons pas l’avenir, et nous sommes donc dans le brouillard où nous n'y voyons pas à distance) ; nous sommes aussi sur un sentier rocailleux, où il est facile de tomber. Nous trébuchons souvent. Notre sentier est bordé de deux fossés profonds d’où il est difficile de sortir si on y tombe. L’un est le fossé totalitaire, où seule la cause (comme le « grand soir » des marxistes) compte, au détriment de l’individu, que l’on peut sacrifier. L’autre est le fossé maffieux, qui est l’inverse : plus aucun principe, et l’intérêt personnel sans principe domine tout. » (De plus, on peut craindre que ces deux fossés se rejoignent, quelque part dans le brouillard, comme cela a toujours été le cas dans les pays totalitaires). Mon ami ajoutait : « A chaque pas nous risquons de tomber dans l’un des deux fossés. Heureusement nous disposons d’une boussole, celle du Bien Commun, qui nous permet de rester sur la route. Rechercher le Bien Commun, disait-il, c’est chercher EN MEME TEMPS le bien de tous et le bien de chacun dans tout ce que nous décidons ou faisons, c’est rester à égale distance des deux fossés. »

Pour d’autres (l’Eglise catholique et sa Doctrine Sociale, proposée à tous les êtres humains) « le Bien Commun est l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection, d’une manière plus totale et plus aisée ».

Ces deux définitions (celle de mon ami japonais et celle de l’Eglise catholique) se recoupent et mon ami japonais (shintoïste) avait retrouvé dans son image des deux fossés l’essentiel de la définition de l’Eglise Catholique, où la personne et la collectivité sont deux parties prenantes, sans préférence de l’une sur l’autre. Il faut servir les deux.

 Le monde, la société, est composé(e) de personnes, plus ou moins réunies dans des « corps intermédiaires », tels que familles, administrations, entreprises publiques ou privées, syndicats, associations, etc. Chacun de ces corps a pour fonction d’être un outil vital pour les personnes et pour la société. L’administration est en principe guidée par ce bien commun, qui est en théorie servi par les lois. Les entreprises créent de la richesse tout en se faisant concurrence, les syndicats protègent les personnes contre les totalitarismes toujours menaçants, les associations veulent réformer le monde, chacune à sa façon. La famille : nous verrons une feuille spéciale sur la famille, qui est la cellule da base de la société. La personne humaine est au carrefour de tout cela. Elle est appelée à la perfection : elle en a généralement un grand désir.

C'est dans cette perfection que se trouve le Bien Commun : le monde se trouve à chaque instant plus ou moins proche ou lointain de ce Bien Commun, et chacun est responsable de l'éloignement ou du rapprochement entre l’état du monde et le Bien Commun. Nous sommes tous co-responsables, et voilà pourquoi chacun doit toujours faire attention aux conséquences pour les autres de tout ce qu’il dit ou fait.

Jean-Loup Dherse

Publié le 5 Novembre 2005

Google Groups Présence & Témoignage
Dialoguer ou Réagir sur groups.google.fr

Doctrine Sociale


Dialoguer

Liens appréciés

Les Saints du jour