Visite au Congrès de l’Economie de Communion,

Castelgondolfo,
en ce jour du 11 septembre tristement marqué par les attentats
de 2001, je contemple la mer inondée d’une douce lumière depuis
les jardins prêtés par le Saint-Père au mouvement des Focolari.
Nous sommes au milieu du congrès international de l’ Economie
de Communion.
Quel drôle
d’expression ! Economie et communion sont deux mots qui
cohabitent mal ensemble dans la pensée contemporaine. D’ailleurs
pourquoi vouloir les marier ? L’économie c’est le monde du
travail, de la création de richesse, de l’échange de biens, le
domaine régit par l’argent et le profit, un domaine où
l’efficacité est la norme ultime. La communion dans le fond on
se demande ce que c’est, on imagine des rapports harmonieux
entre les personnes d’un groupe. On pense à une certaine unité
entres des personnes, mais d’une unité ouverte aux tiers qui
sont dans le besoin, en tout cas un idéal pour l’au-delà,
quelque chose qui n’a pas sa place dans le monde économique
sérieux et rationnel fait de clients, fournisseurs, de capitaux
et d’investissements et dont la seule ligne qui compte c’est
celle du bas.
Et bien voilà
13 ans que des entrepreneurs d’un nouveau type ont l’audace de
croire que l’on peut vivre la « communion » de façon pratique et
concrète au sein d’une entreprise. Pratiquemment tout cela a
commencé en 1991 au Brésil, par une intuition de Chiara Lubich.
Devant la pauvreté des membres du mouvement qui vit depuis ses
origines, en 1943, un partage des biens, Chiara leur a proposé
de créer des entreprises dont le profit serait partagé en trois
tiers. Un premier est réinvestit dans l’entreprise, un deuxième
est utilisé à la formation d’homme nouveau à la culture du don,
et un troisième est donné aux pauvres (du mouvement). Bien
évidemment cela n’a de sens que si en même temps il y a un
respect des salariés, des clients, des fournisseurs et aussi de
l’environnement.
En 2004 déjà 800 entreprises
essayent de vivre dans cet esprit et 300 donnent pour un total
de 300000$. Une goutte d’eau dans la mer des entreprises, diront
certains. Certes mais ce qui importe c’est de montrer qu’il est
possible d’envisager la vie économique d’une autre façon. Loin
du débat idéologique sur les profits indus des entreprises,
l’économie de communion pose comme principe que les profits
nécessaires ont pour fonction de faire grandir la communion,
c’est-à-dire en fait le bien commun. Le bien commun de
l’entreprise, mais aussi du monde qui entoure l’entreprise, le
client, le fournisseur, l’environnement et le pauvre. En effet
comme nous le faisait remarquer un professeur d’économie de
l’université de Bologne, l’économie de communion manifeste
concrètement que le profit n’est pas un but mais un moyen. A
quoi peut donc servir la création infinie de richesse qui
sous-tend la pensée économique moderne ? Luc Ferry dans son
livre le « Nouvel ordre écologique » écrit : « …nous pressentons
bien que l’homme n’est pas sur terre pour procéder à l’achat de
voiture et de téléviseurs toujours plus performant ».
C’est bien la
question : toujours plus riche mais pourquoi faire ? La réponse
classique c’est de proposer la « satisfaction des besoins ». La
consommation est le moteur de la richesse. Oui mais pour
s’enrichir toujours plus il faut toujours trouver des besoins à
satisfaire quitte à les créer artificiellement. Un intervenant
Hollandais faisait justement remarquer que la conception
actuelle de l’économie avait pour but de faire de nous des
insatisfaits, pour que nous consommions toujours plus, quitte à
nous vendre des psychotropes comme dernier remède à notre
insatisfaction. Il y a plus de sagesse dans un arbre que dans
l’économie moderne, nous disait-il ! Le plus beau des chênes
développe une haute ramure mais pourtant trouve une limite à sa
croissance en équilibre avec son milieu naturel.
Les
entrepreneurs de l’économie de communion, commence à explorer un
nouvel « art de vivre » économique, une façon plus équilibrée
qui pose au centre de la vie de l’entreprise la construction de
la communion, c'est-à-dire la forme accomplie et concrète du
bien commun de l’entreprise. A l’image de la Trinité ou de la
famille, la communion n’est effective que si elle s’ouvre à un
tiers. C’est pourquoi le don aux pauvres est si important dans
l’esprit de l’économie de communion, non pas comme blanc-seing
moral à une activité génératrice de profit et donc honteuse, ni
non plus comme méthode originale de financement des œuvres
caritatives, mais bien plus comme manifestation pratique que
l’entreprise est ouverte aux pauvres. On peut vivre dans le même
mouvement la création de richesse et l’option préférentielle
pour le pauvre, voilà une vraie bonne nouvelle.
Souhaitons que
de nombreux entrepreneurs se joignent à ce mouvement vraiment
original, mais si nécessaire dans notre monde où les contraintes
économiques semblent inéluctables et la recherche de
l’enrichissement la norme ultime du bonheur.
Raymond Balmès
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