Présence & Témoignage

La Vérité dans l'entreprise 1/4

par Michel Coquillion

    

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 Cette valeur est au cœur des blessures et des combats de notre époque. Elle est souvent malmenée par le relativisme ambiant et une société de l’information qui la rend de plus en plus inaccessible dans un contexte de perte de repères.

La définition donnée par le Petit Larousse est révélatrice : « Vérité nom féminin (latin veritas)  :

1. Caractère de ce qui est vrai ; adéquation entre la réalité et l'homme qui la pense.

2. Idée, proposition qui emporte l'assentiment général ou s'accorde avec le sentiment que quelqu'un a de la réalité. Vérités mathématiques.

3. Connaissance ou expression d'une connaissance conforme à la réalité, aux faits tels qu'ils se sont déroulés. Jurer de dire la vérité.

4. Bonne foi, sincérité. Un accent de vérité. »

Ces définitions, même si l’une admet l’idée de réalité, montrent déjà une dérive : elles parlent de l’homme qui pense la réalité, d’assentiment général, de connaissance et de sincérité. Avec des conséquences :

  • N’est vrai que ce que je pense vrai, perçois comme vrai ou ce que nous sommes plusieurs, voire une majorité, à penser comme vrai.
  • Toute vérité est relativité à celui qui la pense. Pas de place pour une vérité en dehors de l’homme qui la pense.

Ce n’est pas une orientation nouvelle. Question pour les philosophes grecques, élément de contestation chez les « Lumières » (Voltaire : « Vérité en deçà des Pyrénées erreur au-delà »). La révolution française aura pour objectif d’attribuer aux élus du peuple le rôle de définir la vérité : c’est la majorité démocratiquement élue qui a cette responsabilité. C’est un des fondements du jacobinisme. Les philosophes idéalistes font de la pensée la seule vérité. Les marxistes vont l’instrumentaliser comme moyen d’action en donnant à la classe ouvrière ou ses représentants le soin de définir la vérité historique. Ne dit-on pas souvent qu’en matière d’histoire, la vérité est le « mensonge le plus communément admis » ?

Le résultat :

  • Une précarisation de la pensée par sa relativisation à l’homme (à chacun sa vérité) et à l’époque. Comme il n’y plus de vérité, il n’y a plus vraiment de mensonge.
  • Comme il n’y a plus de vérité, il ne peut y avoir de personnes qui « savent », donc plus de relation maître élève possible avec toutes les conséquences pour l’éducation.
  • Le développement de la « pensée unique », du « penser correct » qui transforme en « vérité » ce que beaucoup veulent entendre et qui fait consensus entre médias, faiseurs d’opinion …Cela devient souvent un art de gouverner : « ce que je fais importe moins que ce que je communique et que ce que qui est perçu par l’opinion publique ».

Ces « vérités » publiques ou médiatiques font souvent l’objet d’une interdiction de les transgresser sous peine de risque de relégation aux bans des médias. Cette dérive en entraîne une autre : le bien et le mal n’ont de sens et de réalité que si on sort d’une relativité totale. En effet s’il n’y a pas de vérité, le bien et le mal sont relatifs à ce que je pense ou perçois. Il ne peut plus y avoir de mal si la majorité pense que c’est bien et inversement.

Cela pause une grave question : peut-il y avoir une morale sans vérité ? C’est ainsi que le nazisme s’est donné le droit de dire le bien et le mal au nom de supériorité de la race aryenne (la pensée du plus fort est la meilleure et il décide de qui est de la race supérieure, de qui peut vivre ou doit mourir) conduisant à l’horreur absolue. La doctrine marxiste en arrogeant à la « classe ouvrière » au travers de son élite éclairée le rôle de créer la vérité historique a conduit à un système où le mensonge couvre parfois les pires exactions contre l’homme.

A suivre ... Michel Coquillion

Publié le 24 Mars 2006

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