Lectures Robin
Au fil de nos lectures
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Je
crois tenir de mes parents le bon sens qui me permet de
remplir mon panier avec sagesse. Par ses activités
professionnelles, mon père avait eu des contacts nombreux
avec l’industrie alimentaire, et connaissant les modes de
conservation et de transformation des produits, il était
méfiant envers ce qui sortait des usines. Il nous prédisait
des jours à venir aussi tristes pour notre assiette que pour
notre santé. Dans les années soixante, je trouvais que
c’était un bien vieux monsieur, et que le progrès était une
bonne chose. Cependant, j’enregistrais ce qu’il disait et
plus encore sa traduction dans notre vie de tous les jours.
C’est comme cela que j’ai appris que les poulets étaient
nourris aux farines de poisson, que les animaux de boucherie
étaient gonflés aux hormones, que le processus de maturation
des bananes était stoppé par des gaz et bien d’autres
informations qui se sont révélées non seulement justes, mais
pas sans conséquences sur la santé des consommateurs. Ma
mère, femme sensée au budget serré, s’attachait à choisir de
bons produits de saison et s’approvisionnait chez les
producteurs locaux ou chez des commerçants sérieux. Elle
nous servait ainsi une nourriture, saine, extrêmement
variée. Et comme son cœur était resté dans son pays natal,
nous avions des menus spécifiques liées aux saisons, aux
fêtes et aux traditions d’Europe Centrale. C’est ainsi que
nous fêtions le retour des hirondelles avec des galettes de
pommes de terre en utilisant celles de la saison passée.
Nous fêtions le chant joyeux du rossignol avec une tarte aux
fraises prises dans une gelée rose et fruitée. Nous saluions
l’été avec une sorte de gnocchi aux prunes, mais dès que
paraissaient sur la table la soupe aux poireaux et la tarte
aux pommes nous savions que la rentrée des classes était
pour le lendemain. L’automne se saluait avec un moka velouté
aux noix, et la maison embaumait la pâtisserie à l’approche
de Noël quand maman confectionnait une multitude de biscuits
aux fruits secs et aux épices. Les habitudes familiales,
bonnes et moins bonnes, se transmettent assez bien. C’est
donc avec les bonnes habitudes alimentaires de mes parents
que j’ai à mon tour rempli mon panier, mon réfrigérateur et
nos assiettes. Aujourd’hui, je dois dire que la tâche se
révèle des plus compliquées. Chaque année éclate un gros
scandale qui nous révèle des tromperies de toutes sortes,
les marchés se raréfient, les «petits paniers» disparaissent
les uns après les autres, les grandes tables et les
boutiques de luxe s’annexent les productions de qualité pour
la clientèle aisée des grandes agglomérations, sur les étals
se côtoient des produits très honnêtes et d’autres qui le
sont moins. Remplir le panier devient un casse-tête. Ici on
trouvera du «vrai» pain, mais une fois par semaine
seulement, ici de la viande, là de bons légumes, là des œufs
vraiment frais, de poules bien nourries, ailleurs des fruits
moins jolis, mais délicieux. Et je comprends les
consommateurs pressés ou peu disponibles qui depuis
longtemps prennent leur caddie le samedi et le remplissent
autant d’épicerie que de produits frais pour toute la
semaine. Et ils entassent la salade lavée et conditionnée,
les légumes et les fruits calibrés et flatteurs mais
insipides, les steaks hachés et les poissons panés, la purée
en flocons et le pain à «cochon», cette baguette chaude et
croustillante qui en deux heures se ramollit ou se dessèche.
Je fais le rêve que de nouveaux agriculteurs se remettent à
produire des nourritures propres et qu’ils les
commercialisent eux-mêmes pour leur plus grand profit, pour
notre plus grand plaisir et… pour notre santé. Mais tiens,
ce n’est pas un rêve, je viens d’apprendre que l’idée a
germé dans la tête de certains agriculteurs sensés qui
viennent de se regrouper pour vendre leurs produits sous les
halles et qu’un éleveur de notre connaissance a fait
abattre, découpé, conditionné et vendu une bête entière qui
va régaler quelques clients qui faute de trouver de la
viande de qualité, n’en consomment plus beaucoup.
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Rubrique animée par Joël Robin,
responsable de Terre & Foi
 
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Dossier nourriture
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