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Dieu
nul ne l’a jamais vu. Sa présence est si peu évidente à
reconnaître que l’athéisme (Dieu n’existe pas),
l’agnosticisme (je ne sais pas) ou l’indifférence (peu
importe) sont très présents dans nos sociétés. Pourtant,
nous habitons une petite planète bleue au sein d’un univers
immense. La nature qui nous environne ne cesse d’être
étonnante. Alors n’est-il pas plus absurde de croire que
cela vient du néant ou du hasard plutôt que de croire qu’un
Dieu mystérieux est au principe du monde ? Saint Thomas
d’Aquin propose cinq voies pour montrer l’existence de Dieu.
En essayant de dépasser la technicité de son vocabulaire,
tentons avec des images de saisir sa démarche.
La source qui jaillit
«Il est évident que dans ce monde certaines
choses se meuvent. Or, tout ce qui se meut est mû par un
autre (…). Or la chose qui meut se meut à son tour (…). Or
on ne peut ainsi procéder à l’infini, car alors il n’y
aurait pas de moteur premier, et il s’ensuivrait qu’il n’y
aurait pas d’autres moteurs.» 1 Prenons une image, celle
d’un tuyau ou d’un pipe-line. L’eau, qui sort du tuyau, est
poussée par l’eau qui précède. Celle qui précède par celle
qui précède encore. A un moment, on doit nécessairement
trouver un robinet, une pompe, une source. Le tuyau ne peut
pas être infini. Si le tuyau était infini, l’eau mettrait un
temps infini à arriver et finalement n’arriverait jamais. Or
elle arrive. Donc il y a bien une source première qui
jaillit.
Le «père» qui engendre
Tout effet a une cause. Et cette cause a
elle-même une cause. Mais on ne peut pas remonter à l’infini
dans les causes. Tout homme a des parents, qui eux-mêmes ont
des parents. Et toute espèce a une origine dans une autre
espèce proche, selon les théories de l’évolution. Cependant,
il est difficile de remonter à l’infini, en disant que la
vie a pour origine une source sans aucune puissance vitale,
car alors on croit à la génération spontanée. Or, la
biologie a montré que tout être vivant a pour origine un
autre être vivant et non de la matière brute. Les asticots
sur le cadavre n’ont pas pour origine la pourriture du
mouton, mais les œufs pondus par des mouches. Il faut donc
une origine vivante à la vie. C’est le «père» qui engendre.
La «mère» qui ordonne
Soit. Mais pourquoi le hasard ne serait-il
pas la cause de la vie à partir de la matière inerte ? Faire
intervenir le hasard pour expliquer l’arrangement de l’acide
désoxyribonucléique (ADN constituant de toute cellule
vivante), c’est comme croire que l’on peut obtenir un poème
en mélangeant les 26 lettres de l’alphabet ou qu’un singe
tapant au hasard sur une machine à écrire pourrait composer
un livre de la Bibliothèque nationale. Selon les lois de
probabilité, la composition d’une protéine est totalement
improbable. Considérons, par exemple, une protéine qui,
comme celle du blanc d’œuf, aurait une molécule environ 2
000 fois plus grosse qu’une molécule d’eau. Elle
correspondrait au groupement d’environ 300 acides aminés. La
protéine peut avoir des nombres de structures différentes
qui s’expriment par «1» suivi de centaines de zéros. Si
l’explication par le hasard apparaît claire à l’imagination,
elle est pourtant proche de l’irrationalité ou d’une foi
incompréhensible. Nous sommes plus dans la fiction que dans
la raison.
Le matin, vous laissez votre chambre en
désordre avant de partir travailler. Ce qui arrive rarement.
Les chaussettes traînent. Le lit est défait. Le bureau est
en pagaille. Cependant, vous entrouvrez la fenêtre de la
chambre pour aérer et chasser les mauvaises odeurs. Le soir
en rentrant, tout est rangé. Le lit est fait. Le linge sale
a disparu. Il est remplacé par du linge propre et repassé.
Le bureau est rangé. Alors, vous vous exclamez : «Le hasard
a bien fait les choses. Heureusement que j’ai laissé le vent
s’engouffrer dans la chambre toute la journée. Les
tourbillons venteux ont trouvé la bonne combinaison.» Non,
votre réaction est : «Quelqu’un est venu chez moi, alors que
ma chambre, mon bureau sont des territoires privés». Certes,
le hasard existe dans la nature, mais dire qu’il est cause
de tout ne tient pas. Mélangez par hasard le temps que vous
voudrez des pierres, vous n’obtiendrez jamais un château.
L’artiste qui crée
Lorsque vous découvrez une nouvelle et belle
musique, vous cherchez à savoir qui en est l’auteur, pour
acheter le disque. De même pour un film que vous aimez, vous
cherchez à connaître le nom du metteur en scène. A chaque
fois, vous êtes prêt à dire «bravo l’artiste», et à
applaudir si vous êtes au spectacle. Or, vous vous êtes déjà
extasié de la beauté des sommets enneigés, du chatoiement du
coucher de soleil. Ou encore, en étudiant la physique, vous
avez découvert les lois de la nature. Et face à un être
vivant, on s’étonne de sa complexité. Mais qui peut avoir
fait cela, sinon un artiste à la hauteur de l’œuvre. Bravo
le Créateur !
L’archer qui vise
et le principe anthropique Le cinquième
argument de saint Thomas est repris aujourd’hui par le
principe anthropique. «Les nombres de la nature gouvernent
notre vie quotidienne. Ils déterminent la taille et la masse
des choses de la vie. Ils font que le monde est tel qu’il
est, au lieu d’être tout autre. (…) Une quinzaine de
constantes physiques déterminent le paysage qui nous
entoure.» Les valeurs de la charge d’un électron (e), de la
masse du proton (m), de la vitesse de la lumière (c), de la
constante de la gravitation universelle (G) (…) sont presque
constantes et surtout articulées entre elles. «L’existence
de la vie dépend d’un équilibre très précaire et d’un
concours de circonstances extraordinaires. (…) Les
paramètres numériques sont inflexibles. Changer légèrement
leurs valeurs élimine toute chance d’éclosion de la vie.» Il
n’y aurait pas d’atomes sans les valeurs précises du proton
et de l’électron. «On pourrait comparer la précision de ce
réglage à l’habileté d’un archer qui réussirait à planter sa
flèche au milieu d’une cible carrée d’un centimètre de côté,
éloignée de 15 milliards d’années-lumières, la taille de
l’univers...»2 Cette précision est inouïe. Aucun homme n’en
est capable. Seul un être infini peut être capable d’une
telle précision. Ce principe anthropique adapté à la
structure de la matière s’étend aujourd’hui pour certains
aux processus biologiques. C’est ce que pense un biologiste
néo-zélandais, Michael Denton dans L’évolution a t-elle un
sens ? (The long chain of coïncidence, Fayard 1997).
Non pas des preuves mais des voies vers
l’existence de Dieu
Thomas d’Aquin parlait des cinq voies.
Au sens strict, il ne s’agit pas de preuve scientifique de
l’existence de Dieu. Mais il s’agit d’un chemin de la pensée
philosophique, d’une méditation. La question de Dieu est
au-delà de la raison scientifique supposant une expérience
sensible possible. Dieu n’est pas directement visible. Et on
ne pourra jamais l’imaginer clairement. Dieu n’est qu’au
bout d’une perception intuitive de l’intelligence. Les
arguments métaphysiques sont au-delà de la raison physique.
Cependant, doit-on restreindre la raison à son modèle
scientifique ou faut-il accepter à côté de la science une
pensée supra rationnelle qui va intuitivement au-delà du
physique ? Prenons une image. Lorsque l’on voit une
personne, on aperçoit son corps, ses yeux. Voilà
l’expérience sensible. Pourtant, nous pensons que la
personne est par son histoire, sa pensée, sa conscience plus
que son corps. Si les yeux sont le miroir de l’âme, on
imagine l’infinité des sentiments qui l’habitent sans
pouvoir les mesurer. Dans un devoir surveillé, nous ne
voyons que des corps et nous n’entendons rien. Pourtant,
nous sommes sûrs que la pensée silencieuse existe en chacun
des étudiants. C’est d’ailleurs l’activité essentielle qui
constitue le devoir surveillé, sans qu’aucune expérience
directe puisse l’atteindre. S’il y a un esprit humain
invisible au-delà du corps visible, pourquoi n’y aurait-il
pas un esprit divin invisible au-delà de l’univers visible ?
Un appel à l’amour
Nous
ne pouvons pas parler ici dans ces quelques lignes des
objections habituelles à ces voies vers l’existence de Dieu.
Nous voudrions cependant ajouter que si Dieu n’est pas
immédiatement manifeste, cela peut se comprendre comme un
appel à l’amour, et à la liberté. Dieu crée. Il donne tout.
Mais comme Créateur de l’univers, il nous dépasse. Cette
hauteur, cette transcendance nous échappent. Et comme
donateur, il ne s’impose pas, mais s’efface derrière sa
donation, l’univers. Il ne revendique rien. Parce qu’Il nous
aime, Dieu nous laisse libres et ne s’impose pas. Si
l’univers manifestait clairement la présence du Créateur,
cette évidence en imposerait à notre décision de Le
reconnaître. La relative obscurité nous oblige à chercher.
Le voilement et le dévoilement de la donation manifeste un
amour de Dieu qui veut se faire aimer et désirer. La
croyance en Dieu, comme l’incroyance, restera un acte de
liberté.
1 THOMAS D’AQUIN, Somme de Théologie, Ia, 2,3. 2 TRINH
XUAN THUAN, La mélodie secrète, Folio, pp. 280-285.
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Rubrique animée par Joël Robin,
responsable de Terre & Foi
 
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