Lectures Robin
Au fil de nos lectures
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Monsieur François Vienne, de par
sa responsabilité syndicale, connaît bien les mécanismes qui
régissent la politique agricole et les enjeux qui les
motivent. Son intervention a été très suivie (NDLR:
au Forum 2004 de la vie
Active).
Il nous en résume le contenu.
Développement durable
et agriculture
durable
C’est le développement en tant que notion
économique qui est en crise : nous devons promouvoir l’idée
de développement intégral de l’homme. Nous devons témoigner
que le développement ne peut être durable que s’il est
humain. Le respect de la terre et le développement durable,
et plus précisément l’agriculture durable, sont profondément
liés : ils devraient s’imposer à nous, chrétiens, tant au
nom de notre intelligence, de notre raison, que de notre
foi. Ici comme en règle générale, il n’y a pas d’antinomie
entre foi et raison mais, au contraire, un enrichissement
réciproque de la raison et de la foi, permettant de
retrouver une vision de l’homme et de sa place sur la terre
selon l’anthropologie chrétienne. La CR défend une approche
pragmatique de l’agriculture durable, qui est fondée sur la
responsabilité de l’agriculteur et sur l’observation des
faits. C’est une approche cohérente et complète, dans la
mesure où elle place l’homme au cœur du système, en y
associant l’agronomie, l’écologie, l’économie… Une des clés
pour éviter la dérive de la politique agricole est de
conserver le lien à la terre : par exemple, un des signes du
dérèglement de la PAC (Politique Agricole Commune) est la
concentration de l’élevage dans les zones d’importation des
aliments du bétail. Dans notre approche, l’agriculture
durable est une agriculture économiquement viable et
écologiquement saine qui répond à des impératifs de sécurité
:
• économiquement viable : elle permet aux
agriculteurs de vivre du fruit de leur travail
•
écologiquement saine : elle permet aux agriculteurs de
préserver l’avenir en évitant des pratiques ayant pour effet
de provoquer l’appauvrissement ou l’érosion des sols, de
stocker des matières non biodégradables ou de provoquer des
pollutions dangereuses pour l’homme et son milieu.
• répondant à des impératifs de sécurité :
elle garantit l’approvisionnement en denrées alimentaires à
l’ensemble de la population (garantie de quantité pour
répondre à la nécessité stratégique d’autosuffisance
alimentaire, garanties de qualité sanitaire en fonction des
normes du pays ou de la zone envisagés)
Les trois grands mensonges
sur la
libéralisation des échanges agricoles
Notre développement actuel repose sur un
développement incontrôlé des échanges. On voit bien
aujourd’hui que la mondialisation engendre des
dysfonctionnements nombreux. On parle beaucoup des
délocalisations mais on ignore souvent le problème
considérable que représente la libéralisation des échanges
agricoles pour les agriculteurs de tous les pays, et
notamment pour ceux des pays pauvres. Il y a beaucoup de
mensonges sur cette question
La libéralisation des échanges agricoles, facteur
mécanique de prospérité mondiale ?
Le premier et principal mensonge est de
tenter de faire croire au monde entier que cette
libéralisation sera un facteur de prospérité pour tous,
spécialement pour les pays pauvres. C’est méconnaître
gravement – et nous disons même intentionnellement – que le
premier besoin des pays en voie de développement est de
protéger leur agriculture des méfaits de ce commerce mondial
qui se fait à des prix dérisoires venant concurrencer leurs
productions vivrières. Ce qui n’est pas bon pour les paysans
africains est également mauvais pour les paysans européens :
C’est pour cela que la CR a inventé le terme d’exception
agriculturelle à l’OMC, en référence à l’exception
culturelle. Donc ce n’est pas une position égoïste ou
idéologique : c’est une position fondamentale, qui est
d’abord fondée sur l’observation des faits, puis sur un
grand nombre d’arguments stratégiques, économiques, sociaux
et philosophiques.
La libéralisation des échanges agricoles, nécessité pour
les consommateurs ?
Le
deuxième mensonge, est de faire croire aux consommateurs des
pays riches, par exemple à nous les européens, que cette
situation est positive car elle nous permet d’acheter des
biens alimentaires à bas prix. Il est vrai de dire que les
agriculteurs ont, depuis des années, largement contribué à
diminuer la part des dépenses alimentaires dans le budget
des ménages, de 45 % environ en 1945 à près de 15 %
aujourd’hui (avec seulement 16 % de ces 15 % pour les
produits bruts, soit 2,4 % pour l’agriculteur). Les
agriculteurs ont ainsi rendu un service éminent à la
société, en permettant qu’une considérable part du budget
des ménages, traditionnellement consacrée à l’alimentation,
puisse être aujourd’hui et demain consacrée à de nouvelles
dépenses. Néanmoins, dans le raisonnement que l’on fait, on
oublie souvent de rappeler que le consommateur est aussi
souvent un contribuable, qui paye des impôts dont une partie
finance le budget européen qui est consacré, pour plus de 50
% des dépenses, à financer la PAC, Politique Agricole
Commune, qui coûte 43 milliards d’euros par an et qui verse
une aide aux agriculteurs dans la mesure où leur prix de
vente, calculé au prix mondial, est insuffisant pour les
faire vivre (et souvent en dessous de leur prix de revient).
C’est comme si on calculait les salaires français sur la
base d’un salaire mondial… Il faut aussi souligner une
distorsion alarmante, en France, entre l’augmentation des
prix à la consommation (+20 % en 10 ans) et celle des prix
agricoles (-17 % sur la même période). Ces chiffres
traduisent un rapport de force brutal et inacceptable, qui
opère unilatéralement en faveur des secteurs de la
transformation et de la distribution. Certes, ces secteurs
doivent réaliser de la valeur ajoutée, mais il est notable
qu’en ne répercutant pas aux consommateurs la baisse des
prix agricoles, ils conservent cette marge de manœuvre
totalement à leur profit. Rien ne justifie pourtant que le
secteur agricole ne puisse fonctionner comme tout autre
secteur économique. Contrairement à ce que l’on nous affirme
depuis des années, la revendication que porte notre syndicat
depuis sa création est réaliste : il suffirait d’augmenter
le prix de la baguette de pain de 3 centimes d’euro au
profit des agriculteurs - ou de récupérer 3 centimes d’euros
de gain de productivité sur l’ensemble de la filière - pour
doubler le prix du blé et supprimer les aides agricoles aux
producteurs concernés. Le même schéma peut se décliner dans
toutes les productions : qui osera affirmer que ce scénario
est impossible quand on sait que le prix du pain augmente
régulièrement, que l’on songe au passage du franc à l’euro
en janvier 2002 ou aux différentes augmentations du pain
depuis 2 ans et demi, qui se sont traduites à chaque fois
par des hausses de 3 à 5 centimes d’euro de la baguette ?
La libéralisation des échanges agricoles favorise une
dangereuse spécialisation agricole des pays
On veut nous faire croire que cette
spécialisation est un bien en tenant le raisonnement suivant
: les marchés agricoles étant considérés comme mondiaux, la
libéralisation des échanges permettrait à chaque pays d’être
le mieux disant pour une production concernée. Ce troisième
mensonge est de faire croire que la spécialisation est un
bien. Or c’est une erreur économique et, dans le domaine
agricole, c’est même une erreur majeure car on oublie que
l’indépendance alimentaire fait partie de la stratégie d’un
pays. Si l’on n’y prend pas garde, nous pouvons devenir
rapidement dépendants des marchés agricoles qui sont par
nature extrêmement volatils. Ce raisonnement occulte donc
dangereusement la notion de souveraineté alimentaire qui est
une notion que chaque continent devrait défendre, et
notamment l’Europe. On aurait vraiment tort d’oublier une
notion aussi essentielle que celle de la souveraineté
alimentaire : que l’on y songe bien, le seul besoin vital de
l’homme est de se nourrir.
Conclusion
Notre devoir et notre responsabilité sont de
regarder la situation avec lucidité afin de comprendre où se
situent les enjeux. A cet égard, l’agriculture est une sorte
de baromètre car à voir la place que notre civilisation
accorde aux agriculteurs, on mesure que celle-ci est bien
malade. Mais il faut aller au delà du constat et nous
mobiliser car nous avons des raisons d’espérer : la moitié
de la population mondiale est constituée de paysans. Le
monde aura toujours besoin de se nourrir et il ne pourra pas
indéfiniment mépriser ses agriculteurs et se priver de 3
milliards de consommateurs. Chacun de nous, en tant que
consommateur, contribuable et citoyen, peut s’informer et
informer son entourage sur le fait que l’agriculture est une
des clés du développement du monde La vérité et la vie
finissent toujours par triompher : il faut avoir confiance
en l’homme et se battre contre tous les systèmes qui
l’instrumentalisent en lui interdisant de déployer ses
capacités de manière responsable.
Il est urgent d’entrer
dans une dynamique de vie et de développement : c’est ce
projet que tous les agriculteurs du monde souhaitent servir
car ils ont en commun l’amour de la terre, matrice de la
vie. Voilà pourquoi l’agriculture, qui est aujourd’hui un
domaine sinistré de notre planète, peut devenir la chance de
notre civilisation !
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Rubrique animée par Joël Robin,
responsable de Terre & Foi
 
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Dossier nourriture
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