Lectures Robin
Au fil de nos lectures

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Ne va-t-on pas se récrier à la lecture du titre de cet
article ? Une prédication bien intentionnée, mais irréaliste, à
l’encontre de cette société de consommation que les moralistes décrient
volontiers, mais dont tout le monde souhaite profiter ?
Tout de suite, je plaiderai pour la raison et le réalisme. En m’appuyant
sur les remarquables travaux du Club de Rome de 1974 (M. Mesarovic, E.
Pestel, « Stratégie pour demain, Deuxième rapport au Club de Rome »,
Paris, éd. du Seuil). Malheureusement oubliés aujourd’hui (car on vit
trop dans l’immédiat) et pas assez compris au moment de leur parution,
alors qu’ils ont été les premiers à mettre l’accent sur le fait de la
mondialisation de l’économie, de la politique et de la culture, qui
engendre des problèmes mondiaux, qui ne peuvent être résolus
positivement qu’à travers une stratégie véritablement mondiale.
Les
ressources de la planète ne sont pas illimitées
Ces travaux ne se sont pas contentés de faire apparaître
ce fait nouveau, capital pour l’histoire de l’humanité. Ils ont proposé
une stratégie globale pour l’assumer d’une façon responsable et
bénéfique pour tous. En prenant notamment en compte le fait que les
ressources de notre planète ne sont pas illimitées - bien qu’elles
soient prodigieuses et que beaucoup puissent être renouvelées et
améliorées - et qu’elles doivent être gérées au bénéfice de tous ses
habitants (alors qu’un milliard vivent actuellement dans des conditions
d’extrême pauvreté) et des générations futures (allons-nous leur laisser
une planète dévastée ?).
La nouvelle éthique globale
La nouvelle éthique globale qu’ils proposent comporte
quatre points, qu’il faut tous prendre en considération. Voici, du
moins, le texte intégral du deuxième : « Il faut définir de nouvelles
règles de conduite pour l’utilisation des ressources naturelles et
tendre à un mode de vie compatible avec l’ère des restrictions qui
s’annonce. Il y faudra une nouvelle technologie de la production, fondée
sur l’usage minimal des ressources et la durabilité des biens, au lieu
de chercher le rendement maximal. Chacun devrait être fier d’économiser
et de conserver, plutôt que de consommer et de gaspiller » (p. 154).
Qu’on y prenne garde ! Ce ne sont pas des ascètes qui s’expriment ainsi,
mais des spécialistes de l’économie. Qui ne voit qu’ils parlent
complètement à contre-courant de l’opinion publique ? Ils en étaient
parfaitement conscients : « Les changements que nous préconisons dans le
comportement individuel et social requièrent une éducation entièrement
nouvelle, orientée vers le siècle prochain ». S’ils avaient raison ?
Pour ma part, je suis convaincu que ces requêtes du Club de Rome sont
d’une importance capitale pour l’avenir de l’humanité. Ainsi que
Jean-Paul II l’a affirmé dans son Message pour la Journée mondiale de la
Paix du 1er janvier 1990, « la société actuelle ne trouvera pas de
solution du problème écologique si elle ne révise sérieusement son style
de vie ».
Éloge
de la sobriété
Je me contenterai de mettre en valeur l’un des points
pratiques essentiels pour la concrétisation de cette directive, en
faisant l’éloge de la sobriété. Non pas comme un ascète, mais comme un
homme de son temps, qui s’efforce d’être chrétien dans toute son
humanité.
N’est-elle pas préconisée comme méthode de mise en forme et de
discipline d’entraînement dans le cadre du sport..., ou, plus
simplement, comme technique d’amélioration ou de maintien de la santé ?
Que de conseils du médecin dans ce sens ! N’est-elle pas une bénéfique
discipline de vie dont on se rend vite compte qu’elle donne du sel à
l’existence.
Élargissons-la dans la perspective de la rationalité économique proposée
par le Club de Rome, au niveau global de la vie en humanité, mais qui
entraîne des conséquences pratiques pour le comportement personnel de
chacun. A ce niveau, on se souciera de récupération et de recyclage et
on réhabilitera les valeurs d’usage face à la prodigalité des valeurs
d’échange. Comment le croyant logique avec sa foi ne serait-il pas un
partisan convaincu de la sobriété ? La confiance en Dieu et l’expérience
de la vie familiale se conjuguent dans le même sens « Mieux vaut peu
avec la crainte de Dieu qu’un trésor avec l’inquiétude. Mieux vaut une
portion de légumes avec l’affection qu’un bœuf avec la haine » (Pv 15,
16-17). La directive de la sobriété fait partie des règles fondamentales
de la spiritualité chrétienne, en tant que l’un de ses critères les plus
pratiques : « Lorsque donc nous avons nourriture et vêtement, sachons
être satisfaits » (1 Tm 6, 8). Avec, toutefois, cette remarque capitale
que la sobriété pratiquée personnellement et en famille doit être
motivée aussi par un profond souci de don et de partage avec le
prochain, surtout avec les plus pauvres. Elle est une contribution
essentielle du commandement de la charité. La sobriété libère, apaise et
donne du temps. Elle épanouit psychiquement et spirituellement. Sans
parler de ses répercussions bénéfiques sur la santé. Elle est la
garantie d’une vie saine. Ne la confondons pas avec la pingrerie. Elle
sait rayonner la joie et pratiquer la fête, notamment pour accueillir
des parents ou des amis, comme le faisait si bien sainte Thérèse
d’Avila.
Une publication de Fêtes et Saisons 1993 a énoncé un Décalogue de la
sobriété. Je me contenterai d’en citer quelques «commandements» :
« Tu ne gaspilleras pas,
Tu rechercheras la qualité de la vie,
Tu seras redevable aux autres des biens de la planète,
Tu seras responsable de tes déchets
Tu seras responsable de la sauvegarde des espèces vivantes ».
Les Chemins de Paix de Pax Christi-France ajoutent : « Respecter
l’environnement en ne gaspillant ni l’énergie, ni l’eau, ni la
nourriture ». Ces règles pratiques sont tout simplement du bon sens.
S’il est vrai qu’elles rejoignent profondément l’Évangile, c’est qu’il
nous appelle à être des hommes responsables et fraternels devant Dieu
(cf. mon livre, « Dieu et l’écologie. Environnement, théologie,
spiritualité ». Paris, éd. de l’Atelier, 1994).
Heureux ceux qui ont une âme de pauvre : le Royaume des Cieux est à
eux !
S’efforcer de vivre ainsi la sobriété au niveau
personnel et, par suite, de contribuer au développement d’une opinion
publique favorable à sa promotion au niveau de la vie économique
mondiale, c’est l’une des façons les plus pratiques et les plus
actuelles de vivre la première des Béatitudes de l’Évangile selon saint
Matthieu : Heureux ceux qui ont une âme de pauvre… !
Une Béatitude qu’on ne peut comprendre correctement que si on sait
qu’elle se rattache au courant spirituel le plus beau de l’Ancien
Testament, qui a été vécu intensément par les saints personnages des
évangiles de l’Enfance, (Marie, Joseph, Elisabeth, etc…) : celui des
Pauvres de Dieu. C’est-à-dire, de ces hommes et de ces femmes qui
savaient qu’ils devaient tout à l’infinie bonté de Dieu, qui le priaient
de tout leur cœur et avaient une totale confiance en lui : qui, pour
cette raison, étaient humbles à son égard, mais aussi humbles et
fraternels à l’égard du prochain, prêts à partager avec lui et à lui
rendre service.
Avoir une âme de pauvre, c’est cela dans le sens de la Bible. Un pauvre
matériellement n’a pas nécessairement une âme de pauvre, s’il est
envieux et égoïste. Un riche matériellement peut avoir une âme de
pauvre, s’il se reconnaît dépendant de Dieu et s’il fait un grand effort
pour rendre service au prochain, dans la mesure de ses larges
possibilités. La pratique de la sobriété et du partage avec le prochain
est inhérente à cette spiritualité fondamentale, même si elle n’en
constitue que l’une des composantes. Marie et Joseph l’ont
magnifiquement vécue dans toutes ses dimensions. Et avant tout, Jésus
lui-même, qui est à la fois le Dieu, le Maître et l’Homme des
Béatitudes.
Le Grand Secret des Béatitudes est le grand secret de la vie en
humanité. Il vaut la peine d’en découvrir la clef.

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A Lire

Le Grand Secret des Béatitudes
Monseigneur René COSTE
éditions de l’Emmanuel2e édit, Paris, 200422D40 - 345 pages |