Lectures Robin
Au fil de nos lectures

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Un
énorme chantier, des moyens sans précédents, mais… les besoins ne sont
pas saturés ! Les affamés, les mal logés,
les malades non soignés existent ! Le travail à faire est énorme et les
facultés de progrès réel sont sans précédent. On devrait tendre à la
prospérité ! Pourtant, en Europe, en ex-URSS, aux USA, les faillites
abondent et le chômage est plus fort qu’il y a une génération. Quant aux
pays du sud, ils restent sous développés ou le deviennent (Argentine).
La »crise» est structurelle et a des causes. La mondialisation
économique amène un excès de concurrence.
La mondialisation qui pose problème, ce n’est pas l’évolution technique
qui permet de compatir aux catastrophes de l’Asie, ni le principe de
l’échange. On téléphone au Japon depuis longtemps et l’on commerce avec
les extrémités du monde depuis l’Antiquité. Les temps et coûts de
communication constituaient des barrières qui protégeaient des économies
diverses, adaptées à leur contexte. L’échange international d’alors
concernait des produits rares ou complémentaires et était marginal par
rapport à l’ensemble de l’activité marchande et domestique (auto-production).
Cet échange était en général mutuellement favorable, quoique les
précolombiens d’Amérique n’aient pas survécu à la confrontation !
La mondialisation choix politique et non fatalité
L’évolution des techniques a considérablement amoindri
ces barrières «naturelles» aux échanges mondiaux [1],
mais le fait décisif est leur libéralisation multilatérale quasi totale
et l’excès de concurrence qui en résulte.
Nos nations, au 19e, au 20e ont été protectionnistes pour leurs
industries naissantes. Puis ce fut le choix des USA, du Japon, de la
Corée… Le choix du libre-échange se fit ensuite en position de force[2].
Ne soyons pas dupe !
Pourquoi la guerre économique mondiale ?
Quels sont les mobiles ?
Les entreprises «leader» des pays développés voient leur
marché domestique limité par l’affaissement démographique. Que faire ? :
« Ouvrons les frontières des autres pays et écrasons les plus faibles
des concurrents ». Tout se passe comme si, pour empêcher l’émergence de
rivaux dans des zones protégées, elles persuadaient leur pays développé
d’origine qu’il s’agit de perpétuer leur domination par leur suprématie
dans les «hautes technologies» en imposant aux autres peuples un
»libre-échange». On les empêche ainsi de se développer de façon autonome
(avec une protection adaptée), quitte à leur abandonner (il faut qu’ils
payent les Airbus…) les activités traditionnelles, agricoles ou
industrielles réputées banales… Ainsi, la Pologne aussi peuplée et
éduquée que la Corée aura peu de chances, désormais aspirée dans
l’espace concurrentiel de l’U.E.,
de développer par exemple une industrie automobile autonome, mais elle
fournira par ailleurs de la main d’œuvre pas chère…
Les résultats : hyper concurrence, manque de croissance, chômage
On fait valoir que cette spécialisation génère des gains
de productivité, bénéfiques au consommateur, et une croissance
»mondiale». En fait celle-ci serait plus forte et plus adaptée avec une
concurrence moindre, limitée à des zones de même niveau économique !
Tout se passe comme si au championnat du monde de judo, il n’y avait
qu’une catégorie ! Évidemment les poids lourds sont sur le podium, mais
on est loin de laisser chacun exprimer son potentiel ! Et il y a le
dopage…
Aux USA la croissance n’existe que par un dopage de la consommation par
le crédit peu cher et un déficit titanesque financé par des moins riches
! Le tout avec une consommation d’énergie fossile qui met en danger la
planète. Que vaut ce »modèle» !
Le PIB de la Chine progresse (partant de très bas) mais ne tient pas
compte de la destruction des productions domestiques et des équilibres
ruraux préexistants. La Chine n’aurait-elle pas intérêt à libérer son
économie en restant axée sur ses besoins propres ? Est-il raisonnable de
lui confier l’atelier du monde ? Sa politique (impériale) qui fait le
grand écart entre principes communistes et pratiques capitalistes
sauvages a-t-elle un avenir ?
La libéralisation de tous les marchés, qui conduit à un marché mondial
unique, non seulement ne correspond pas aux besoins des différentes
communautés d’hommes réparties sur la planète, mais aboutit à une
concurrence sans limites qui s’exerce en fonction des disparités
sociales, monétaires et d’exigences écologiques.
Destruction des collectivités, mais aussi des individus
La situation est hors contrôle, car les gouvernants
abdiquent leur vocation «politique» de régulation favorable à l’intérêt
collectif (qui doit aussi inclure l’économie), et laissent s’éroder les
solidarités qui sous-tendent l’existence même de leur collectivité. D’où
la rupture de la solidarité entre travail et capital, entre
consommateur, producteur et distributeur, entre capitales et provinces,
entre présent et générations à venir.
« Libre circulation des hommes, des capitaux et des biens ». C’est
l’idéal. De qui ? Est-ce une demande du citoyen ? Les capitaux,
accumulés par l’épargne de notre collectivité, s’établissent dans un
paradis fiscal, le travail en Asie et le consommateur reste celui
d’occident qui risque de manger le patrimoine !
Le consommateur cherche le bas prix, le simplifié ou l’importé, même si
cela détruit le travail de ses enfants… Quand il a des enfants ! Pour
assurer sa retraite compte-t-il sur des immigrés, des chinois ?
Le producteur »délocalise». Tant pis si ses employés et sous-traitants
sont aussi des clients, qu’on appauvrit… Pour la conquête du monde, on
se dote de plus de (sur)capacités mécanisées. Et l’hyper concurrence
casse les prix et les marges, d’où une course à la productivité, la
simplification des gammes et des restructurations permanentes en entités
géantes où le personnel n’est qu’un »moyen» sur le marché aux esclaves
mondial…
Ces groupes devenant transnationaux échappent à tout contrôle national
et démocratique[3].
Et l’on constate que le «marché unique» ne signifie pas emploi… mais
appauvrissement, mise à l’écart des faibles, déstructuration des
solidarités et des collectivités…
Bref on fait n’importe quoi avec n’importe qui ! Mais n’a-t-on pas
attrapé le SIDA économique ?
Le «système» réagit par une course à la création de nouveaux besoins
pour doper son activité. Et les «autorités», par le crédit, dopent la
consommation (confondue avec croissance !). Il en résulte un
développement exagéré, hégémonique, cancéreux, de l’économie marchande
entraînant un déséquilibre pour l’homme. L’individu lui-même est
déstructuré. Il n’est plus à la fois un producteur, un parent, un
citoyen et encore moins un philosophe ou un mystique qui s’intéresse à
sa destinée ou à son devenir à long terme : il est réduit par la
propagande marchande à n’être qu’un consommateur. Alors il devient aussi
un consommateur d’école qui exige des bonnes notes pour son enfant, un
consommateur de santé qui exige des résultats ou attaque le praticien
s’il échoue…
Et l’engagement pour construire une famille devient rare. On consomme
des partenaires et on zappe… On veut des enfants pour soi, »à
consommer», même pour un couple homosexuel…
Que faire ?
La pacification économique passe par la primauté du
politique et du sens de la création
Au front, il faut se battre. Mais il faut aussi œuvrer en faveur de
mécanismes générant moins d’exclus et d’une économie plus pacifique,
plus centrée sur les besoins de la population. On doit pouvoir faire
mieux : la France a plus de chômeurs que d’actifs dans l’industrie et
l’agriculture réunies ! A t-on atteint le sommet de »l’efficacité» ?
Quand la première puissance mondiale a un déficit extérieur de 3 fois le
PNB de l’Indonésie et absorbe les 3/4 des investissements internationaux
pour se renflouer, faut-il suivre ce »modèle» ?
Il y a 40 ans, j’avais des cours «d’économie politique» et non
»d’économie de marché».
Il faut des jugements de valeur par rapport au »laisser faire». Le
célèbre économiste américain J. K. Galbraith vient de tirer l’alarme
dans « Mensonges économiques » : l’économie est en deçà du potentiel à
cause de la prééminence exagérée et dangereuse des grandes entreprises «
qui ont redéfini l’intérêt public en l’adaptant à leurs capacités et à
leurs besoins. Elles décident que le progrès social, ce sera davantage…
d’appareils de toutes sortes… et surtout de plus en plus d’armes
mortelles. » Autrement dit, ce n’est pas au moteur de tenir le volant et
de savoir où l’on va ! C’est à la politique d’encadrer les »forces du
marché».
La guerre économique —qui mène à la guerre— n’est pas l’avenir.
Éradiquer la faim dans le monde ne passe pas par la course aux prix les
plus bas mais par la juxtaposition d’espaces économiques homogènes où
les peuples cultivent à leur prix l’espace dont ils sont gérants. De
même pour l’économie : chaque peuple doit tirer le meilleur de lui-même
et de son territoire selon ses propres critères. Les frontières, cela
délimite des espaces de paix.
Et les droits de douane n’empêchent pas l’échange ! Pas plus que les
écluses n’empêchent la navigation !
Pour que la mondialisation n’oblige pas un pays comme la France, à
renoncer à ses solidarités sociales développées, il faut les financer
non par des cotisations sur le travail, mais par une TVA sociale
prélevée sur la consommation (logique puisque les solidarités sont des
partages de consommation). Ainsi, l’achat en France d’un produit chinois
comme d’un produit français financerait les solidarités nationales.
Quant au client étranger, il pourrait choisir nos produits (export =
hors TVA) sans être obligé d’acheter aussi nos retraites.
Une mondialisation plus pacifique, ce pourrait être aussi que les
sociétés voient leur zone d’activité se limiter à une seule nation
(elles en seraient alors plus solidaires et il y aurait moins de dérives
!). Elles pourraient agir dans d’autres pays par des concessions de
procédés ou des participations minoritaires dans des entreprises du
pays… Évidemment cela limiterait l’impérialisme, notamment le nôtre… Et
comment empêcher que les autres continuent leur impérialisme ? Les États
pourraient collaborer, comme pour »Ariane».
Cette idée de ramener les sociétés au niveau où la démocratie s’exerce
vaut peut-être autant que l’idée des entreprises qui souhaitent créer en
Europe le cadre étatique à la dimension de leurs activités (en
élargissement permanent) et selon des structures bureaucratiques peu
démocratiques perméables à leurs souhaits…
Domestiquer
la mondialisation
suppose un ensemble de mesures politiques cohérentes
Nos gouvernements sont souvent décevants, mais la nation est le meilleur
niveau pour faire vivre une démocratie effective. Les chrétiens prient
souvent pour »les responsables», mais, en démocratie, ils en sont !
Et la vocation prophétique de l’Église —la nôtre— implique d’apporter un
éclairage au débat politique laïc en valorisant son précieux
enseignement social, à développer sans se laisser intoxiquer par les
idées du monde.
La sympathie naturelle de l’Église catholique pour l’universel tend à
lui faire légitimer trop facilement la mondialisation économique —qui
est une guerre— parce qu’elle tend à la confondre avec la proximité
accrue des peuples de la terre et qu’elle subit des influences, comme
tous (les entreprises géantes dominent les médias).
Peut-on à la fois tenter de s’imprégner du message de paix de
l’eucharistie et s’efforcer le reste du temps d’être »compétitif»,
c’est-à-dire de parvenir à éliminer les collègues ? Le choix social
persiste : Yahweh ou les Baal !
par Christian PRADEAU
Diplômé E.S.S.E.C., Ancien DG de syndicat professionnel national, Ancien
cadre supérieur d’un groupe agro-industriel international

1 N’y a-t-il pas dopage des transports
par abus d’utilisation des énergies fossiles ? Est-il raisonnable de
transporter de l’eau de Volvic au Japon (où l’eau abonde) et de nourrir
notre bétail avec des aliments des antipodes ?
2 Avec des entorses : le RU, protégeant ses industries
textiles face à ses colonies des Indes ; les USA pour le libre-échange
agricole mais protégeant leur production sucrière et dopant son
industrie par la recherche militaire.
3 J. Arthuis, Ministre de l’économie France 1997) : « Il
y a encore quelques années, la grande entreprise nationale apparaissait
totalement solidaire du développement national. Aujourd’hui… elle a
forcément une stratégie planétaire et ses préoccupations ne sont plus
nécessairement en phase avec ce dont l’État est garant notamment en
matière sociale ».
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A lire

La foi chrétienne aux prises avec la mondialisation
Alain DURAND
éditions du Cerf
105 pages
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