Présence & Témoignage

Le Chant des Créatures,

les chrétiens et l’univers d’Irénée à Claudel

par Hélène & Jean Bastaire

    
Lectures Robin

Au fil de nos lectures

Back
Home
Up
Next

 

 

Bref Contenu

Hélène et Jean Bastaire, médecin et écrivain, nous retracent dans ce livre 2000 ans de pensée et de vie « judéo-chrétienne » dans le respect de la création. Ils veulent par ce parcours de plus de 120 auteurs ou saints montrer que nul mépris de la création n’habite les chrétiens authentiques, contrairement à ce que pensent et disent certains écologistes. Gageons que le pari est réussi !
Mais ce livre a un intérêt pour les chrétiens eux-mêmes, en effet pour la plupart, leur culture s’arrêtera à Saint François et son fameux Cantique de frère Soleil. Mais comprend-on que « frère Soleil » est plus qu’une expression poétique dans sa bouche. Déjà St Bonaventure dira « A force de remonter à l’Origine première de toutes choses, il avait conçu pour elles toutes une amitié débordante et appelait frères et sœurs les créatures mêmes les plus petites, car il savait qu’elles et lui procédaient du même et unique principe ».  Aussi connu, est bien évidemment le Cantique des créatures, qui commande à toutes les créatures « Bénissez le Seigneur ! ».
Mais sait-on qu’ Origène voit dans les créatures « la figure et l’image du monde invisible » permettant « d’élever l’âme et de la conduire à contempler les choses célestes », plus tard les Pères utiliseront l’expression « reflet » et St Bonaventure parlera lui des « vestiges » du divin dans la création. Sait-on que c’est à partir de Pascal et de Descartes qu’on commence à voir le monde intersidéral vide de Dieu, et les animaux comme des machines.
Ce livre est aussi une histoire extraordinaire du charisme peu ordinaire «  d’amitié avec les bêtes sauvages ». On y découvre entre autre l’amitié de Basile pour le chien, que Théodore de Cyr vit avec un lion, que Macère guérit une petite hyène, que Gertrude d’Helfta s’émeut pour la faim et la soif des bêtes, que St François va jusqu’à  distribuer le blé aux oiseaux à Noël, que le Christ apparaît à St Eustache dans les bois d’un cerf, ou encore que Serge Radogène et Séraphim de Sarov vivent avec un ours, que Félix de Nicosie ressuscite un pigeon, tandis que Benoît Labre entretien des poux dans ses manches . Un charisme étonnant ! Mais pour quelle édification, les auteurs ne précisent pas.
Ce livre mets aussi à jour un certain nombre de questions théologiques importantes qui traversent l’histoire chrétienne. Les chrétiens croient à la résurrection des corps, mais ne doit-on pas inclure les animaux, les plantes, voir même les êtres inanimés. L’homme est au sommet de l’univers appeler à ressusciter pour des « cieux nouveaux et une terre nouvelle ». Claudel le pensera suivant en cela St Iréné, Scot Erigène, Bloy ou Bardiaev. Il ira jusqu’à proposer « d’annoncer l’Evangile à toutes créatures ». On ne trouvera pas la réponse argumentée dans le livre, même si on ressent un parti pris favorable chez les auteurs.
Est-ce un péché de tuer un animal ? Non selon St Thomas. Mais, comme St François de Sales, beaucoup répugneront à chasser et vivront une compassion envers l’animal, ne serait-ce que comme propédeutique à la compassion pour leurs frères humains. Faut-il pour autant faire l’éloge discrète des végétariens, comme les auteurs ? Rien n’est moins sûr, Jésus n’a-t-il pas manger des poissons cuits. L’homme a brisé l’harmonie de la création et des créatures par son péché, lui et la création en subissent les conséquences. En filigrane bien sûr des questions comme pourquoi le mal ? Pourquoi les catastrophes ? Pourquoi la « loi de la jungle » ?

Nos commentaires

Ce livre est donc une passionnante histoire de la vision chrétienne de la création, c’est tout à l’honneur des auteurs de la réhabiliter. Certains commentaires laissent percer des positions qu’on eu souhaiter justifiées, le but étant de rechercher la vérité et non de rendre plaisant les chrétiens aux écologistes. Et même dans cette entreprise il n’est pas sûr que les auteurs convaincront les tenants de « l’écologie profonde ». On peut lire à ce sujet le livre du ministre de l’éducation nationale Luc Ferry, « Le nouvel ordre écologique ». En effet la question centrale c’est celle de la place de l’homme dans cet univers créé, ce cosmos. Pour le chrétien l’Homme est bien sûr au sommet de la création mais en dépendance radicale de Dieu, ceci n’est compatible ni avec les visions des écologistes « profonds », ni avec la philosophie humaniste des Lumières. On ne peut pas escamoter ce débat.

CERF  – 1996 – Publié à <ville> - ISBN <#>

 

R. Balmès 

le mercredi 22 mars 2006

Joël Robin  Poster un commentaire

 

 

Rubrique animée par Joël Robin,
responsable de Terre & Foi

Liens appréciés

Les Saints du jour