Présence & Témoignage

L’eau c’est la vie

    
Lectures Robin

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L’eau c’est la vie
Si l’eau est d’abord un état de la matière, elle est aussi une condition de la vie biologique, l’expression d’une vie sensible et sociale et un signe de la vie de l’Esprit.
par Bertrand Souchard

Une matière

dans tous ses états
Pour l’antiquité, l’eau est un des quatre éléments fondamentaux de la matière avec la terre, l’air et le feu. Mais Lavoisier (1748-1794), initiateur de la chimie moderne, opère la synthèse de l’eau (H20) à partir des deux gaz, l’hydrogène (H) et l’oxygène (O). L’eau n’est plus alors un élément premier. Les atomes constitués d’électrons, de neutrons et de protons vont le devenir. On retiendra cependant des anciens, l’existence d’éléments fondamentaux, même s’ils ont changé. Et les quatre états de la matière (liquide, solide, gaz et magma) sont l’écho des quatre premiers éléments (eau, terre, air et feu). Pour nous maintenant l’eau, un liquide, est la synthèse de deux gaz. Et l’eau peut prendre une forme solide : la glace, et gazeuse : la vapeur.

La mère

de la vie
L’eau n’est pas seulement un état de la matière, c’est aussi une condition essentielle de la vie. L’eau constitue plus de la moitié d’un organisme vivant. Et si on peut jeûner de nombreux jours, en revanche il suffit de trois jours sans eau pour mourir. Le biochimiste et le généticien Michael Denton (L’évolution a-t-elle un sens ? 1997) va plus loin et pense que l’eau est la matrice, la condition indispensable de l’apparition de la vie. Dans un solide statique, la dynamique vitale est impossible. Dans un gaz volatil et instable, il en va de même. Pour que la vie apparaisse, il faut un liquide mais un liquide ayant des propriétés bien particulières. Selon Denton, sa viscosité, sa capacité calorifique, sa conductivité thermique, sa capacité dissolvante, sa dilatation lors de la congélation, sa chaleur latente, sa réactivité chimique constituent un ensemble unique de propriétés chimiques et physiques. Seule l’eau pouvait porter la vie. L’eau est la mère de la vie biologique.

Sentir

Parce que la vie nous offre la perception des sens, nous pouvons en retour sentir cette eau, condition de la vie. Par l’ouïe, nous entendons le doux crépitement de la pluie sur le pare-brise de la voiture, le fracas des vagues sur les rochers, le babil des ruisseaux et le crissement de nos pas dans la neige. Par le toucher, la chaleur de la vapeur insaisissable nous passe entre les doigts. L’eau glisse sur nos mains et sur notre peau et elle relaxe notre corps dans la moiteur de notre bain. La froidure de la neige et de la glace nous fait frissonner. Par la vue, nous contemplons la blancheur de la neige et la clarté de l’eau de la cascade. L’eau s’imprègne des couleurs de la nature. La mer est rouge du soleil couchant ou bleu azur. Le scintillement des étoiles se reflète dans le lac et le miroitement du torrent diffracte la lumière du soleil. L’eau est une richesse perceptive.

Un canal

L’eau est aussi un véhicule de la vie sociale. Les fleuves et les lacs façonnent nos paysages. Et les hommes dans les villes se retrouvent autour des points d’eau. Le puits était au centre du village et le lavoir le lieu de rencontre. Cette dimension sociale de l’eau se retrouve dans le financement des partis politiques par l’ex-Générale des Eaux, ou la guerre de l’eau entre Palestiniens et Israéliens. L’eau est aussi une voie de communication par la mer ou les fleuves. Du Titanic à la péniche, l’homme veut manifester sa maîtrise économique. Mais l’eau n’est pas seulement un canal utile de la vie sociale, c’est aussi un espace de gratuité. L’eau est l’élément de nombreux sports : voile, surf, natation, ski nautique, pêche, plongée sous-marine. L’homme construit des fontaines et des jets d’eau pour égayer son lieu de vie.

Une pluie de grâces

Si l’eau engendre une plénitude vitale, sensible, et la rencontre de l’autre ; c’est l’absence de l’eau qui permet la Révélation. Dans le désert, Dieu se révèle à Moïse. Dans le silence et le jeûne, l’homme se met à l’écoute de Dieu. C’est lorsqu’il n’a plus rien que l’homme peut s’ouvrir à l’origine de tout. Le désert peut être monothéiste. Il nous met en quête de l’abîme de Dieu et de la Source de tout. « Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissante en vie éternelle. » (Jn 4, 14) Dans un univers asséché, l’eau sera non seulement présence de la vie, mais aussi signe du don gratuit du Très-Haut. « Je lui donnerai de la source de la vie gratuitement » (Ap 21, 6). La pluie a une double caractéristique physique : elle vient d’en haut et elle comporte de l’indétermination. Il est difficile de prévoir le temps. Les météorologues et les paysans le savent. Cette indétermination qui vient du ciel est comme le signe de la liberté et de la gratuité de Dieu. « De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer... ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche. » (Is 55, 10-11) L’eau qui vient d’en haut sans pouvoir être maîtrisée est signe de la grâce divine. Les rogations sont adoration. « Je ferai tomber la pluie en son temps et ce sera une pluie de bénédictions. » (Ez 34, 26)

Le baptême

Pour l’Eglise, le sacrement est un signe efficace de la grâce. Pour manifester le don de Dieu, on prend un signe naturel. De même que le Verbe s’est fait chair, l’invisible se fait visible. L’eau du baptême est signe de la grâce divine. Or pour l’homme, l’eau permet de se laver. « Reçois le baptême et purifie-toi de tes péchés. » (Ac 22, 16) L’eau du baptême nous purifie du péché. « Les cœurs... et le corps lavé d’une eau pure. » (He 10, 22) Jean-Baptiste dit « je vous baptise dans l’eau en vue du repentir » (Mt 3,11). L’eau c’est aussi le signe de la vie et de la mort. L’eau étanche ma soif et peut aussi me noyer. Etre plongé dans les eaux du baptême c’est passer de la mort à la vie. « Nous avons été ensevelis avec le Christ par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts... nous vivions dans une vie nouvelle. » (Rm 6, 4) Passer de l’abîme de la mort au souffle de la vie, c’est renaître avec le Christ. « L’Agneau les conduira aux sources des eaux de la vie. » (Ap 7, 17)
Ainsi l’eau est pour l’homme bien plus que de l’hydrogène et de l’oxygène. L’eau est la condition de la vie biologique, l’origine d’une richesse perceptive, le lieu d’une rencontre d’autrui, pouvant nous dévoiler la Source de toute vie. L’absence de l’eau peut aussi creuser notre soif d’une pluie de grâces et montrer la nécessité humaine d’une vie nouvelle et divine. L’eau c’est la vie biologique, sensible, sociale et spirituelle.
 

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