|
L’eau et la gérance juste de la création |
|
Au fil de nos lectures
|
par Monseigneur
Claude DAGENS évêque d’Angoulême
C’était il y a plus d’une dizaine d’années,…Alors que j’étais encore évêque auxiliaire de Poitiers et heureux de parcourir le département des Deux-Sèvres, je devais présider un rassemblement en plein air au début du mois de septembre, à l’occasion d’un pèlerinage local. L’été avait été très sec. Ce jour-là, des nuages couvraient le ciel, et, au début de la messe, je crus bon de dire : «J’espère qu’il ne pleuvra pas.» J’entendis alors un murmure désapprobateur monter de l’assemblée. Les habitants du lieu, eux, avaient des raisons de désirer la pluie. Ils l’attendaient comme un don de Dieu, indispensable à leurs cultures. Je n’ai jamais oublié cette leçon : l’eau, qui est pour certain une menace, est pour beaucoup d’autres un besoin vital, spécialement dans des pays qui peinent à se développer. Ce que je vivais ainsi dans le monde rural français m’appelait à comprendre les inquiétudes d’autres mondes, où le manque d’eau, l’accès difficile ou inégal à l’eau potable entravent non seulement la vie économique, mais la simple vie humaine. La gérance de l’eau est devenue un problème mondial d’une extrême gravité, auquel les organisations internationales cherchent à faire face. Mais, dans ce domaine comme dans bien d’autres, la logique du marché ou des techniques de développement ne suffit pas à résoudre les problèmes. Les responsables politiques des pays que l’on dit pauvres le savent bien : pour maîtriser les dérives d’un développement commandé par les seuls impératifs de l’économie, il est nécessaire de faire appel à la conscience des hommes, à leur expérience de la terre et du ciel, et aussi à l’immense puissance symbolique qui est inséparable de l’eau : l’eau qui est source de vie, l’eau qui jaillit et qui court, l’eau qui menace de submerger des terres non protégées, l’eau qui doit être défendue et répartie selon des règles justes et conformes à l’intérêt des peuples concernés. Comme chrétiens, nous ne devrions pas être surpris d’être placés ou replacés devant ces perspectives larges. De la Genèse à l’Évangile, l’homme est institué comme le gérant responsable de la création que Dieu lui confie, et non pas comme son exploiteur plus ou moins irresponsable. Cette responsabilité prend aujourd’hui des formes politiques et sociales qui peuvent paraître complexes. Mais cette complexité n’enlève rien à notre responsabilité commune. L’eau n’est pas seulement un élément à exploiter. Elle est un bien vital. Elle est donnée pour servir : pour servir à la vie, à l’hygiène, à la santé, au développement des peuples. En affirmant cette conviction, nous sommes simplement fidèles au désir de Dieu pour ce monde : que l’homme, que les hommes et les femmes puissent ensemble reconnaître et maîtriser les dons que Dieu leur fait ! Et Dieu est fidèle à son engagement de Père créateur : même après que la violence des hommes et le Déluge aient submergé la terre, Dieu met dans le ciel le signe de sa paix : «Voici le signe de l’alliance que je mets entre moi, vous et tout être vivant avec vous, pour toutes les générations futures. J’ai mis mon arc dans la nuée pour qu’il devienne un signe d’alliance entre moi et la terre.» (Gen. 9, 12-13). L’arc-en-ciel de Dieu est toujours à l’horizon de nos engagements humains pour une gérance juste de la création.
|
ACTUALITÉ : L’endettement des pays pauvresLoin de se résorber, cet endettement augmente, selon le Saint siège. Il y a urgence à tout mettre en œuvre pour le réduire si l’on veut que les pays en voie de développement puisse assurer un service minimum en matière d’éducation et de santé notamment. |
|
© Copyright 2000-2005 - Présence et Témoignage - Tous droits réservés -18 août 2005 |
||