Présence & Témoignage

La prière continuelle,
ou prier au cœur du monde.

    

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Introduction

 

# 2558 : Le mystère de la foi exige que les fidèles croient au Christ, le célèbrent (dans la liturgie sacramentelle de l’Eglise) et en vivent dans une relation vivante et personnelle avec le Dieu vivant et vrai.  Cette relation est la prière.

 

Nous voyons, dès le début, que la prière ne se résume pas aux « temps de prière » dédiés. L’objet de ce topo sera de nous montrer que la prière peut habiter toute une vie. Mais pour qu’un jardin soit irrigué, il faut qu’il y ait une source débordante. On ne peut pas vivre la prière continuelle s’il n’y a pas de « temps de prière », et ceux-ci n’auront sens pour nous que si on les laisse « déborder ».

 

1) Ce que l’Ecriture nous dit de  la prière

 

a) Quelques types de grands priants, dans la Bible :

 

o        Abraham : la prière du croyant

o        Moïse : la prière du médiateur

o        David : la prière du Roi (exemple et modèle pour le peuple)

o        Elie : la prière d’intercession

 

o        Les Psaumes : la prière d’Assemblée.

 

 

b) Jésus lui-même a prié :

 

ð      Enfant (prière reçue de ses parents + intimité avec son Père)

(Nous sommes responsables les uns des autres de transmettre une disponibilité à la prière … sachant que l’Esprit souffle où il veut)

ð      Avant les moments décisifs (Baptême, Transfiguration, le Choix des 12, Passion)

(N’oublions pas que Jésus aurait été légitimement débordé : il avait le monde à sauver, les malades à guérir et les apôtres à préparer … et pourtant lui-même brûlait du temps avec le Père).

ð      Dans la solitude

(Alors qu’il était en tout temps et tout lieu dans l’intimité du Père)

ð      Dans la confiance,

Paisible (Notre Père), joyeuse (OUI Père, je te remercie, je sais que tu m’écoutes toujours), angoissée (Gethsémanie), dans l’horreur de la passion en un grand cri (Père, entre tes mains je remets mon esprit) : demandons-lui cette grâce de « repos ».

 

Jésus prie pour nous comme notre prêtre

Jésus prie en nous comme notre tête

Jésus est prié par nous comme notre Dieu.

 

ð      La prière est un don … demandons le !!! (« Seigneur apprends-nous à prier »)

 

ð      Donne-moi à boire, j’ai soif … : Dieu a soif que nous ayons soif de lui. « Adam, où es-tu ? »

 

Le Seigneur Jésus nous a donné quelques paraboles d’orants :

 

         + L’ami importun (il y a urgence de prier)

         + La veuve importune (la prière demande de la patience, persévérance)

         + La pharisien et le publicain (l’humilité est la porte de la prière)

 

 

c) Marie et l’Eglise :

 

Magnificat, le Recouvrement, Cana, la Croix, le Cénacle…

 

Act 2 42 « Ils étaient fidèles à écouter l’enseignement des apôtres, et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières : foi, charité, liturgie.

Depuis toujours l’Eglise prie …

 

ð      Prière de bénédiction et d’adoration

ð      Prière de demande (mais … chercher d’abord le Royaume de Dieu)

ð      Prière d’intercession

ð      Prière d’action de grâce

ð      Prière de louange (différente de l’action de grâce, c’est la prière de l’amoureux : je suis heureux d’être avec toi … parce que c’est toi !!!)

 

2) Les chemins de la prière

 

Pour prier, il faut le vouloir !!! Il ne s’agit pas simplement d’un jaillissement spontané (« je le sens, non là je ne le sens pas »...). En même temps, on « sent » bien que le volontarisme n’a pas sa place dans une relation de prière. Mais alors quoi ? L’Esprit Saint nous apprend, et en premier lieu par la transmission de la Tradition. Celle-ci nous est accessible en particulier par trois moyens :

 

ð      La Parole de Dieu (et les lectures spirituelles)

(Pourquoi ne pas porter toujours sur soi la Parole de Dieu ??? En particulier les Psaumes, la prière de ceux qui n’ont pas de mots pour prier …)

 

ð      La liturgie (les sacrements – évidemment la Messe – , mais aussi les Heures : Prière du Temps Présent, Magnificat, les Psaumes etc …)

 

ð      L’exercice des vertus théologales (« Et l’espérance ne déçoit pas parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœur par l’Esprit Saint qui nous a été donné »)

 

La prière est relation au Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint. Et Marie a beaucoup à nous partager sur sa complicité avec l’Esprit (Annonciation, Présentation, Passion, Pentecôte etc …)

Il y a une « éducation » à la prière.

 

Classiquement, on distingue 3 modes de prière, qui ne sont pas exclusifs :

 

ð      La prière vocale

C’est « réciter » des prières, en occident par exemple le chapelet. Cette prière n’a rien de mécanique. Pour éviter les « chapelets-mitraillettes » on peut ajouter quelques mots en liens avec le mystère évoqué après le nom de ‘Jésus’ dans chaque Ave.

 

ð      Prière de méditation

C’est par exemple un ‘travail’ sur un texte de l’Ecriture, ou à partir d’un livre spirituel ou de théologie. Cela met en œuvre toutes les capacité de la personne, en particulier son intelligence. C’est habituellement ce qu’on entend par « prière ». Thérèse de Lisieux se méfiait de ceux qui priaient sans l’appui d’un livre.

 

ð      Prière de contemplation (ou « oraison »)

En général, c’est la prière qu’on estime soit réservée aux ‘élites’, soit à des moments très particuliers (de retraite ou de grâce mystique). Et pourtant, le CEC au n° 2710 nous dit bien : On ne peut pas toujours méditer, on peut toujours entrer en oraison, indépendamment des conditions de santé, de travail ou d’affectivité. Et encore : On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps d’être pour le Seigneur… et le CEC s’adresse à chaque fidèle !!!

Pour démystifier l’oraison, voici ce qu’en dit Thérèse de Lisieux : c’est ce « commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé ».

2711 L’entrée en oraison est analogue à celle de la Liturgie eucharistique : " rassembler " le cœur, recueillir tout notre être sous la mouvance de l’Esprit Saint, habiter la demeure du Seigneur que nous sommes, éveiller la foi pour entrer en la Présence de Celui qui nous attend, faire tomber nos masques et retourner notre cœur vers le Seigneur qui nous aime afin de nous remettre à Lui comme une offrande à purifier et à transformer.

2712 L’oraison est la prière de l’enfant de Dieu, du pécheur pardonné qui consent à accueillir l’amour dont il est aimé et qui veut y répondre en aimant plus encore (cf. Lc 7, 36-50 ; 19, 1-10). Mais il sait que son amour en retour est celui que l’Esprit répand dans son cœur, car tout est grâce de la part de Dieu. L’oraison est la remise humble et pauvre à la volonté aimante du Père en union de plus en plus profonde à son Fils bien-aimé.

2713 Ainsi l’oraison est-elle l’expression la plus simple du mystère de la prière. L’oraison est un don, une grâce ; elle ne peut être accueillie que dans l’humilité et la pauvreté. L’oraison est une relation d’alliance établie par Dieu au fond de notre être (cf. Jr 31, 33). L’oraison est communion : la Trinité Sainte y conforme l’homme, image de Dieu, " à sa ressemblance ".

Nous voyons donc que le Seigneur, par sa Parole (« J’ai soif ») comme par l’Eglise (le CEC) nous invite expressément à prier, et à vivre la prière « à plein ».

 

Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin, et nous ne pourrions pas le vivre autrement. Alors n’hésitons pas à nous appuyer sur ceux que le Seigneur nous donne :

 

-                           Marcher avec les saints

(S’accompagner de tel ou tel « témoin » de qui s’inspirer et à qui demander des tuyaux etc …)

-                           Marcher avec l’Eglise

(Fréquenter les « priants », les religieux, les communautés, partager les grâces de la prière …)

-                           Fréquenter les lieux de grâces (coin prière, oratoires, églises, retraites, pèlerinages)

 

3) La prière au cœur du monde

 

a) Prier sans cesse … un appel pour chacun.

 

On arrive maintenant au thème de notre topo : la prière en tout temps …

 

D’où cela sort-il ??? Cet appel à « prier » toujours n’est pas une invention mais une réalité perçue par les chrétiens depuis le début : Jacques 1 (5-8), Ephésiens 5 20, Philippiens 4 (6-7), Colossiens 3 (16-17), I Thessaloniciens  5 (17-18) …. C’est donc réellement un appel pour chacun.

 

Et pourtant, tout d’abord la prière continuelle me paraît évidemment impossible : il faut bien vaquer aux occupations de la vie concrète, alors Dieu serait-il cruel de nous demander quelque chose inadaptée à notre condition ? C’est que nous avons une conception limitée de ce qu’est la prière, réduite au « temps de prière ».

 

b) Pas de prière continuelle sans source régulière de temps consacrés

 

         Il est difficile de prier

 

Cependant, même la prière « ponctuelle » me paraît bien souvent tellement difficile ??? Pourquoi donc ai-je souvent tendance à me dérober à la prière ???

 

-          Conception erronée de la prière

-          Découragement, sentiment d’indignité

-          Tristesse des attachements au monde (cf. le Jeune Homme Riche)

-          A quoi bon ?

-          Orgueil blessé de notre état de pécheur

-          Appels urgents à « l’extérieur »

 

Prier parce que on aime

 

Je crois que je me laisse facilement décourager parce que je ne suis pas « en amour » !!!  Où est donc mon cœur ? Ma confiance ? Mon trésor ??? Et aussi, est-ce que je me suis laissé « séduire », aimer par mon Seigneur ? Est-ce que j’ose me croire aimable ? Comme l’amoureux ne ménage pas son temps pour se rendre disponible, quand bien même les rencontres ne seraient pas toujours extra-ordinaires, il sait où sont sa joie et son repos.

 

La prière vient du cœur : où est mon cœur ?

         + Les distractions (plaisirs et soucis du monde … les souffrances …)

         + Les peurs (sur quoi est-ce que je fonde ma confiance ?)

 

Ne pouvons-nous pas nous associer à la prière du Curé d’Ars (qui loin d’être un mystique inaccessible, était facilement découragé et s’appuyait sur ses prières rédigées pour dire son amour qu’il savait vrai quand il ne le sentait plus spontanément) :

 

Je vous aime ô mon Dieu, et mon seul désir est de vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie. Je vous aime, ô mon Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en vous aimant que de vivre snas vous aimer. Je vous aime Seigneur et la seule grâce que je vous demande, c’est de vous aimer éternellement (…) Mon Dieu, si ma langue ne peut dire à tous moments que je vous aime, je veux que mon cœur vous le répète autant de fois que je respire.

 

         Prier à tout prix

 

Il n’y a pas de prière sans conversion. (Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur, mais ceux qui font la volonté du Père). La conversion, c’est le cœur pur, c'est-à-dire déterminé pour le Seigneur. L’Adversaire cherchera toujours à nous faire croire que les alternatives à la prière sont des alternatives de vie (par exemple nous faire veiller tard pour une occasion festive quand on avait décidé de se lever tôt le lendemain pour prier). Il cherche à nous faire oublier qu’il n’y a pas de Pâques sans vendredi Saint : nous ne choisissons pas le Vendredi Saint (ce que ça coûte de mener une vie disponible réellement à la Présence de Dieu) mais nous l’acceptons, sûrs que nous sommes de Pâques (l’union avec le Seigneur qui est notre source et notre fin).

 

         Prier dans l’Esprit Saint

 

La prière est audacieuse : Tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez déjà reçu, et vous le recevrez. Il ne nous laisse pas seul : il nous a promis le Paraclet. Personne ne peut dire « Jésus Christ est Seigneur » sans l’action de l’Esprit Saint (I Cor 12 (3))

 

c) Quelques points de Frère Laurent de la Résurrection

 

Travailler tranquillement et amoureusement avec Dieu

En toute chose, cesser quelque petit moment, le plus souvent même que nous pourrons pour adorer Dieu au fond de notre cœur.

Nous lui devons par justice toutes nos pensées, nos paroles et nos actions.

Surtout dans les temps des tentations, des peines, des aridités, des dégoûts et même des infidélités et des péchés. (1)

Dieu est incompréhensible et que, pour s’unir à lui, il faut priver la volonté de toute sorte de plaisirs et de goûts spirituels et corporels afin que, étant ainsi dégagée, elle puisse aimer Dieu sur toute chose. Si la volonté peut en quelque façon comprendre Dieu, ce ne peut être que par l’amour.

Le premier moyen est une grande pureté de vie (2)

Le second une grande fidélité à la pratique de cette présence (doucement, humblement et amoureusement)

L’habitude ne se forme qu’avec peine. (3)

Ce regard extérieur « doit » précéder les actions, les accompagner de temps en temps et les finir toutes.

On suppose la mortification des sens : pour être avec Dieu, il faut absolument quitter la créature. (4)

 

(1) C’est un point crucial. Nous ne comprendrons l’amour dont nous sommes aimés que si nous parvenons à revenir de tout notre cœur à celui qui souffre de notre éloignement plus que de nos offenses. Demandons-lui l’humilité de la confiance filiale à le regarder Lui plutôt que notre péché. La vérité de notre être, depuis le baptême, est que nous appartenons au Seigneur .

(2) cf supra. La pureté de vie n’est pas une vie sans péché (même si elle y tend) mais une vie déterminée. Cette détermination n’est pas mieux exprimée que par le premier point.

(3) C’est un grand réalisme concret. A chacun d’inventer, avec les suggestions de l’Esprit et l’inspiration des saints, les exercices concrets applicables … mais pas sans décision.

(4) cf les paraboles de la perle, du trésor etc …

 

 

.

 

d) Annexe : quelques points pratiques :

 

-           « Prier » (au sens classique : « temps de prière » : le réserver dans son calendrier)

-          Utiliser des « listes de prières » (intercession, actions de grâces, peurs, cibles missionnaires etc ...). Permet ‘d’avoir un sujet de conversation tout prêt’ avec le Seigneur, ce qui rend la rencontre plus facile.

-          Incarner en utilisant des objets (chapelet, scapulaire, médailles …)

-          Prendre « un verset du jour » (pain de la Parole, évangile, psaume etc …) et le copier, le coller, l’apprendre, le répéter etc …

-          Tenir un carnet de sanctification (eh bien oui, la prière continuelle a à voir avec la conversion)

-          Chanter (psaumes, hymnes et chants), pourquoi pas dans la rue ?

-          Chercher et faire silence (radio réveil ?, TV ?, Internet ? Téléphone ? etc …)

-          Regarder les gens comme des personnes (et « voir » leur cœur)

-          Vivre une vraie retraite … régulièrement. (ne serait-ce que 24 :00 de temps en temps)

-          Utiliser des pense-bêtes (post-its, mots de passe des outils informatiques, messages d’accueil du téléphone, images etc …)

-          Bénir les repas … avant et après !

-          Vivre la prière du cœur (‘Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, prend pitié de moi pécheur’) ou autres oraisons jaculatoires (‘Jésus doux et humble de cœur, rends mon cœur semblable au tien’, ‘Jésus je t’aime, je t’adore et je suis à toi’ …)

-          Prier explicitement quand nous nous retrouvons entre frères et sœurs chrétiens, sans honte et simplement.

-          Prière continuelle … Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’émerveiller, contempler et rendre grâce !!!

 

Texte de Bienheureuse Teresa de Calcutta, No Greater Love (trad. Pas de plus grand amour)

 

      Tu jugeras difficile de prier si tu ne sais pas comment faire. Chacun de nous doit s'aider à prier : en premier lieu, en recourant au silence, car nous ne pouvons pas nous mettre en présence de Dieu si nous ne pratiquons pas le silence, intérieur comme extérieur. Faire silence au-dedans de nous n'est pas facile, mais c'est un effort indispensable. Seulement dans le silence nous trouverons une nouvelle puissance et la vraie unité. La puissance de Dieu deviendra la nôtre afin d'accomplir toutes choses comme il se doit ; il en ira de même pour l'unité de nos pensées avec ses pensées, de l'unité de nos prières avec ses prières, de l'unité de nos actions avec ses actions, de notre vie avec sa vie. L'unité est le fruit de la prière, de l'humilité, de l’amour.

      C'est dans le silence du coeur que Dieu parle ; si tu te places face à Dieu dans le silence et la prière, Dieu te parlera. Et tu sauras alors que tu n'es rien. Ce n'est que lorsque tu connais ton néant, ta vacuité, que Dieu peut te remplir de lui-même. Les âmes des grands priants sont des âmes de grand silence.

      Le silence nous fait voir chaque chose autrement. Nous avons besoin du silence pour toucher les âmes des autres. L’essentiel n'est pas ce que nous disons, mais ce que Dieu dit -- ce qu'il nous dit, ce qu'il dit à travers nous. Dans un tel silence, il nous écoutera ; dans un tel silence, il parlera à notre âme, et nous entendrons sa voix.

 

Bibliographie

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