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Bénévolat, Service et Gratuité.par N.de Chézelles, M.Dequiedt, G.Kohn |
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Dans ce carrefour nous souhaitions que les participants prennent la parole, réagissent apportent leurs questions, leurs témoignages. C’est nous semble-t-il ce qui a pu avoir lieu, les participants avaient des activités bénévoles dans des domaines variés laïques ou d’église. Nous avions préparé le canevas suivant : - présentation du bénévolat sur un plan humain, explicitation des mots - quelques attitudes chrétiennes pour vivre le bénévolat
1 Le bénévolat, laïque et séculier.
Planter le décor, factuel. Définition du bénévolat (Petit Larousse): vouloir le bien Le fait d’agir sans rémunération, ni obligation Une extrême variété : services caritatifs, chorales, actions politiques, évènementiel, catéchisme, actions sociales, humanitaires, vie des Associations . . .
Quelques chiffres cités par une étude du CerPhi qui avait été publié en partie dans le journal La Croix de fin mars 07. Seuil : Plus de cinq heures de disponibilité à l’action bénévole par mois. Environ 12 Millions de français sont concernés. Grosso-modo, 80% des bénévoles déclarent que leur principale motivation est d’être utile, et de faire quelque chose pour les autres. Par ailleurs, quelques 60% déclarent être motivés par la cause militante de leur groupe, et environ 40% y cherchent un certain épanouissement personnel.
Approfondir les mots.
Bénévolat : vouloir le bien.
C’est le BIEN qui est visé. (Ce n’est pas collectionner les timbres, ou pratiquer un sport) Reconnaissance « naturelle » du bien, de ce qui est bien, de ce qui fait du bien. Le bien des autres, des individus, et de la Société. Et « vouloir », c’est à dire choisir, décider, s’engager. Ce n’est pas un « caprice passager », il y a un « engagement », comme un contrat moral tacite (régularité, fidélité : comment faire fonctionner un orchestre, une chorale, ou une équipe de catéchistes, si la bonne volonté et la disponibilité restent capricieuses, imprévisibles, non-fiables . . .) La performance artistique devient bénévolat lorsqu’il contribue à élever le cœur et l’âme. Autre exemple : une expérience de basket-ball sur patins à roulettes ! A première vue, c’est une simple pratique de sport un peu spécial : mais les démonstrations étaient faites pour divertir des enfants handicapés, et pour récolter des fonds pour faire des dons à ces enfants : alors cela devient du bénévolat !
SERVICE :
C’est la primauté du bénéficiaire. On identifie un besoin, et on se propose de satisfaire ce besoin en fournissant des ressources humaines et/ou matérielles. Primauté de l’autre, de la personne, en faisant l’effort d’identifier ses besoins et ses attentes, et de faire ce qu’il faut pour satisfaire tout ou partie de ces besoins. On ne se regarde pas, on se projette et on regarde l’autre. Exemple : lecture et enregistrement de livres pour mal voyants et aveugles. Réponse à une bonne analyse de besoin, les actions bien ciblées et efficaces pour satisfaire au mieux tout ou partie de ce besoin. Satisfaction et joie de servir, de voir le fruit de ses efforts dans la satisfaction d’un besoin avéré. Il y a une vraie joie à servir et à donner dans de telles conditions. Service des petits et des pauvres : grandeurs et ambiguïtés possibles ! Pas facile d’être petits avec les petits, pauvres avec les pauvres.. Exemple : distribution de soupe populaire, à Bruxelles. Risque de sentiments de « bonne conscience », de distance confortable, de pouvoir. Jusqu’où va le sens du service ?
Servir = se rendre disponible là où on a besoin de moi. Non pas ce que JE veux, ce que JE décide, mais là où je peux être utile. Exemple : Lors d’une expérience humanitaire dans un quartier défavorisé du Pérou, nous connaissions une famille amie, dont la petite fille Liset, enfant très agressive, souffrait d’une infection à la peau, due à des carences alimentaires et à l’insalubrité de son logement, où elle vivait avec sa mère et de nombreux frères et sœurs. Nous avions fait le choix d’interner cette enfant dans un centre tenu par des sœurs. En quelques mois, elle a été complètement transformée, soignée, polie, bonne élève, un ange ! Un jour, sa maman, sous l’emprise de l’alcool, sa consolation, vient kidnapper sa fille, en nous reprochant de lui enlever son enfant, dont elle a besoin et réciproquement. Cette décision nous a fait souffrir. Mais c’était celle de la maman, nous devions l’accepter !
GRATUITE :
C’est une banalité de dire que nous vivons dans une société marchande, dans une culture marchande. Mon expérience aux USA : tout service demandé à un enfant est rémunéré. L’éducation est fondamentalement « marchande », « business oriented ». Dans ce grand pays riche en contraste, on trouve également de nombreuses associations de services bénévoles, sur fond d’humanisme ou de religion. En plus, la notion de « gratuité » est galvaudée et biaisée ! Les « soins » en France ne sont PAS gratuits, ils sont payés par la collectivité ! Certains journaux urbains ne sont PAS gratuits, ils sont financés par la publicité ! La vraie gratuité, c’est lorsque nous sortons d’un travail où chaque heure est comptée et rémunérée, pour aller visiter un malade à l’hôpital ! Tondre le gazon du voisin peut être un job d’étudiant, qui sera rémunéré, cela peut être aussi un service altruiste pour aider un voisin malade ou âgé. Une performance artistique, ou sportive, peut être marchande (c’est le cas le + fréquent), elle peut être également gratuite, altruiste, dans le but de servir, de faire le bien, de réjouir. On peut également évoquer la notion de gratuité face à la reconnaissance (plutôt que face à la rémunération). Exemple : le service d’ordre lors de la visite du Pape JP II à Bruxelles, en 1992 ou 93. Ce peut être une occasion de « pouvoir » et de « reconnaissance », lorsqu’on est en première ligne, au pied du Podium, ou à proximité des VIP ! On peut être aussi chargé de faire fonctionner le parking des automobiles, ou de surveiller une entrée lointaine ! on ne voit rien, on n’est pas vu, on sert en totale gratuité ! Cela ouvre la réflexion sur les échanges mystérieux et si profond, dans l’apparente gratuité : on donne, et on reçoit.
Par rapport à la gratuité et faisant la transition avec la suite :
Cette remarque d’une catéchumène épatée que l’équipe d’accompagnement fasse ce service gratuitement, sans être payée ! En donnant du temps et en se rendant disponibles pour rencontrer régulièrement ceux qui veulent se préparer à recevoir les sacrements. Cela a été l’occasion de lui dire que par son baptême elle-même allait aussi avoir cela à vivre, à sa manière, selon ce qu’elle est, ce qu’elle vit, l’appel de Dieu et l’aide des autres..
2 Le « PLUS » chrétien, ou quelques pistes d’attitudes chrétiennes pour vivre le bénévolat
a- Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! (Mt 10,8)
On peut avoir du mal à se poser la question: mais qu’est ce que j’ai reçu ? Quel est mon talent, quels sont mes talents ? Par fausse modestie, orgueil mal placé…. Les autres peuvent nous aider, ce peut être un exercice très sympa et constructif à faire en couple, en famille. Le reconnaître pour l’accueillir humblement, le développer le mettre au service des autres. L’accueillir c’est l’occasion de : - rendre grâces à Dieu : le donateur des talents musicaux, une capacité d’accueil, d’écoute, un goût pour la pédagogie - de se connaître en vérité, ce n’est pas : bof moi je n’ai rien reçu de particulier
« Que personne ne vienne dire : Je n'ai reçu aucun talent et je n'ai rien dont je doive rendre compte. Sachons voir ce que nous avons reçu et soyons attentifs à le bien employer » (Saint Grégoire le Grand : homélie sur les péricopes évangéliques, IX 1).
ni le talent que j’aimerai avoir et que je peux envier à d’autres ! ex. : vouloir diriger la chorale alors que l’on ne chante pas juste ! - s’accepter ex. : cette femme qui pensait à telle action bénévole s’aperçoit qu’elle ne peut + le faire ( âge, rythme..) et revient pour envisager un autre type d’action - un homme qui se connaissait bien, notamment les limites de sa santé, mais aussi de quoi il était capable a trouvé une activité bénévole manuelle dans une association - ce peut être un chemin de conversion.
(sur ce sujet des talents nous avons renvoyé à la très intéressante conférence de M.Chevreul)
b- La Doctrine Sociale de l’Eglise.
Non ! La doctrine sociale de l’Eglise (DSE) n’est pas désuète ! Formulée il y a plus de 150 ans, rappelée et rénovée régulièrement, la DES constitue un véritable éclairage chrétien de la vie sociale, économique et politique. Etudiez le « Compendium » édité il y a 18 mois, et vous verrez à quel point son propos est d’actualité pour éclairer les consciences. Un des principes de la DSE, c’est la primauté de l’Homme sur l’économique et le politique. Un autre de ses principes est la solidarité.
« Une société juste ne peut être réalisée que dans le respect de la dignité transcendante de la personne humaine. Celle-ci représente la fin dernière de la société, qui lui est ordonnée. . . . Il faut que tous les programmes sociaux, scientifiques et culturels soient guidés par la conscience de la primauté de chaque être humain. » (extraits du N° 132)
Le bénévolat est un mode d’expression de cette primauté de l’Homme, créé à l’image de Dieu, et de cette solidarité. C’est l’occasion de vivre, d’exercer, d’expérimenter une vision totalement évangélique des rapports sociaux et économiques. Toutes proportions gardées, le bénévolat est un petit atelier de vie évangélique.
c- J’ai besoin de toi ! (Abbé Pierre)
Nous avons tous lu quelques lignes de la biographie de l’Abbé Pierre, et notamment le récit de la naissance des « Compagnons d’Emmaüs » ! On lui présente un SDF suicidaire pour qu’il l’aide, et l’Abbé Pierre ne trouve rien de mieux que lui dire : « J’ai besoin de toi, pour aider les autres ! » Assistanat VS Partenariat On est au cœur de thème de ce Forum : Les talents de chacun, les développer, les identifier, les mettre au service de tous, on ne sait plus qui donne et qui reçoit, qui sert et qui est servi. La joie et la dignité de donner, de servir, d’être utile. Exemple : Les services pendant les sessions d’été, joie et épanouissement pour les ados ! C’est l’occasion d’une véritable guérison, conversion du regard que nous portons sur les autres. Exemple : En s’adressant à une personne démunie, rabaissée, désœuvrée, qui se sent inutile, s’intéresser à elle, lui demander un conseil, un coup de main, de l’aide, n’est-ce au fond pas la meilleure façon de lui redonner toute sa dignité ?
d- C’est le Christ qu’on sert ! (Mère Térésa). « Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères c’est à moi que vous l’avez fait ! » :
Quelle grandeur cela donne à la + petite action que nous menons, quel respect pour la personne que nous rencontrons. Mère Térésa et ses sœurs sont un exemple de cette action humble, donnée pour quelquefois les quelques dernières heures de la vie (si malmenées dans nos conceptions occidentales modernes) Force du service puisé dans l’autre rencontre avec Jésus Hostie dans l’adoration et l’Eucharistie.
Exemple du service auprès des malades à l’hôpital de Nanterre : - visite par 2 - après un temps de prière à la chapelle - auprès de personnes « abîmées » par la vie, une femme très abîmée physiquement évoquait ce texte d’Isaïe du serviteur souffrant, une autre perdant la tête mais récitant le Je vous salue Marie…Que savons-nous du cœur profond de ceux que nous approchons ? - à la fin des visites « remise » de ce que nous avons vécu dans un temps de partage, et de prière, pour ne pas porter nous même au-delà de nos forces et de ce qui nous est demandé. Exemple : Dans SOS Prière, l’écoutant est comme un « fil électrique » entre Dieu et l’appelant.
e- L’Esprit Saint nous guide :
Dans une attitude de dépouillement, d’accueil à l’Esprit Saint, en confiant tel ou tel service, c’est Lui qui précède nos pas, nous aide à avoir le mot juste, le regard, l’attitude, les gestes ! Il nous permet d’apporter le soutien et la douceur de Dieu auprès des personnes que nous visitons.
f- Le thème du lavement des pieds : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir ».
Peut-on dire que lorsque nous servons dans ce sens de service désintéressé, gratuit, attentif à la personne de l’autre… nous sommes des envoyés annonciateurs du Christ et du Père ? Cela nous invite à : - nous revêtir de la tenue de service (quelque part nous quitter nous même) - nous mettre à la hauteur de celui que nous servons (ou nous baisser et ne pas être remplis de nous-même) y compris quand nous avons effectivement un« savoir » à lui apporter (ex. : soutien scolaire, alphabétisation…)
Exemple : Nous rendons visite à des détenus de la Maison d’Arrêt de Fleury Mérogis, pour partager avec eux la messe dominicale, suivi d’un temps convivial d’échange. Comment accueillir une personne jugée ouvertement par la société, victime de son acte, fragilisée par sa situation, martyrisée par ses révoltes et questionnements intérieurs ? Nous sommes invités à accueillir l’autre tel qu’il est, sans chercher à connaître leurs erreurs (Et qui sommes-nous pour juger ?), les respecter, les aimer. N’est-ce pas le plus beau trésor de Compassion que nous a légué la Vierge Marie au pied de la Croix ! Je ne fais rien, mais je suis là ! Faire / Etre. Dieu s’adressant à Adam qui vient de manger le fruit défendu ne dit-il pas : « Qu’à-tu fait ? », mais « Où es tu ? ». Nous n’allons pas changer le monde, mais cette petite goutte d’eau embellit l’océan.
g- La dimension évangélique du beau. Bénévolat artistique.
Citation du Cardinal Daneels au Congrès de Bruxelles pour la Nouvelle Evangélisation, en novembre dernier : « Les jeunes ne savent plus ce qu’est le BIEN, ils trouvent que le BON est ringard, il ne reste plus que le BEAU pour les toucher et leur parler de Dieu ! »
L’art gratuit au service de l’évangélisation. Peintures, Concerts, Théâtre, Comédies Musicales, etc . . . (Cycle Magnificat, par exemple) La Cantate de l’Apocalypse, donnée à la Basilique de Koekelberg, à l’ouverture du Congrès de Bruxelles, a été un véritable événement spirituel.
h- Savoir se désapproprier du service qu’on assure . . .
Donc : on accepte d’avoir des talents, de les développer pour les mettre au service des autres, on choisit librement son activité bénévole, on se met bien d’accord avec le responsable ! , on fait aussi bien que possible son activité, tout va plutôt bien et puis vient un moment où… par soi-même ou quelqu’un d’autre on réalise plus ou moins facilement qu’il faut quitter ce que l’on a fait, le confier à un autre ( qui ne fera bien sûr pas forcément comme moi ) et …c’est dur ! Ce qui peut aider : - voir cette réalité en face : qu’est ce que cela me fait de quitter ? - rendre grâces pour ce que l’on a reçu dans ce service, les personnes rencontrées…= faire mémoire - quitter pour autre chose que l’on ne connaît pas forcément= abandon à la providence - cette situation nous rappelle que nous ne sommes pas en situation de pouvoir possessif mais de don libre - et aussi que nous sommes de passage et qu’un jour nous devrons TOUT quitter…alors acceptons de nous entraîner !
En conclusion
Retenons le bénévolat comme « véritable atelier de vie évangélique » et nous avons invité les participants à retenir un mot, une idée, une rencontre…de ce forum ou à prendre une petite décision et à la noter sur cette petite image de la sainte famille que nous leur avons proposé N.de Chézelles, M.Dequiedt, G.Kohn
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