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Gérer sa carrièrepar Laurent Mortreuil |
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GERER SA CARRIERE … Pourquoi un tel thème ?
Le Caravage a-t-il réussi sa carrière ??? Lady D. a-t-elle réussi sa carrière ??? Il y a 100 ans et même moins, en général, dans nos pays, un jeune prenait la suite de ses parents sans trop se poser de question, et, bon an mal an, sa « carrière » était toute tracée (l’agriculteur, l’artisan, le commerçant, la profession libérale, le mineur, le mécano, l’enseignant …). Dans certaines familles, l’aîné recevait la gestion des biens et des charges y afférant, les suivant se disputaient les honneurs militaires ou ecclésiastiques. Il y a 50 ans, un jeune choisissait une Entreprise, et il allait « y faire carrière ». Tout ou presque était écrit dès l’entrée, en fonction du diplôme. Depuis, tout a changé : multiplicité et rallongement des études, disparition des entreprises les plus établies (faillites ou absorption), évidemment spectre du chômage même pour les moins fragiles, allongement de la durée de vie (et de la vie professionnelle …), apparition de nouveaux métiers et environnements (qui avait un téléphone portable il y a 10-12 ans, un e-mail il y a 15 ans et un ordinateur il y a 20-25 ans …). Quand j’ai passé mon bac en 85, je m’étais juré de ne jamais parler anglais et de toucher le moins possible un ordinateur. Mon premier poste en 93 était de programmer des algorithmes de gestion de risques financiers à Wall Street … Un agronome se retrouve informaticien, un ingénieur commercial, un sociologue en contrôle de gestion, un historien en ressources humaines etc … Se pose alors inévitablement cette question, et non seulement pour les plus ambitieux d’entre nous (tout le monde ne rêve pas d’être capitaine d’industrie, Premier Ministre, chef d’Etat-Major des Armées ou présentateur vedette du 20.00) : devant la multiplicité des possibles et des incertitudes, que faire ? Comment s’y préparer ? Où aller ? Et si l’on a un reste de mauvaise éducation religieuse, arrivent les scrupules : Est-ce bien légitime de « gérer » sa carrière ? Ne faut-il pas s’abandonner ? Les ambitions matérielles ont-elles une place dans le cœur d’un chrétien ??? 1) Est-il légitime de s’investir dans la gestion de sa carrière ? Nous allons, si vous le voulez bien, tordre le cou à ces scrupules malhonnêtes : Mt 25 (14-30) Car il en est comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses biens ; 15. et à l'un il donna cinq talents, à l'autre deux, à l'autre un ; à chacun selon sa force particulière, et il partit. 16. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. 17. De même aussi celui qui en avait deux, en gagna deux autres. 18. Mais celui qui en avait reçu un, s'en étant allé, creusa dans la terre, et y cacha l'argent de son seigneur. 19. Or, après un long temps, le seigneur de ces serviteurs vient, et il règle compte avec eux. 20. Et celui qui avait reçu les cinq talents, s'approchant, présenta cinq autres talents, et dit : Seigneur, tu m'as remis cinq talents ; en voici cinq autres que j'ai gagnés. 21. Son seigneur lui dit : Bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup, entre dans la joie de ton seigneur. 22. Celui qui avait reçu les deux talents, s'approchant aussi, dit : Seigneur, tu m'as remis deux talents ; en voici deux autres que j'ai gagnés. 23. Son seigneur lui dit : Bien, serviteur bon et fidèle ; tu as été fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur. 24. Mais celui qui avait reçu un talent, s'approchant aussi, dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui ramasses où tu n'as pas répandu ; 25. et ayant craint, je suis allé, et j'ai caché ton talent dans la terre ; voici, tu as ce qui est à toi. 26. Mais son seigneur lui répondit : Méchant et paresseux serviteur, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que je ramasse où je n'ai pas répandu ; 27. il te fallait donc porter mon argent aux banquiers, et à mon retour j'aurais retiré ce qui est à moi avec l'intérêt. 28. Otez-lui donc le talent, et le donnez à celui qui a les dix talents. 29. Car à tout homme qui a, il sera donné, et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, on lui ôtera même ce qu'il a. 30. Et jetez le serviteur inutile dans les ténèbres de dehors ; là seront les pleurs et le grincement des dents. Je ne serai pas plus long sur cette question : clairement le Seigneur nous aime, et sa joie est de nous voir « prendre notre vie en main » et de lui faire porter du fruit. La récompense n’est pas l’augmentation des richesses (10 talents plutôt que 5) ni le pouvoir ou la gloire (les 10 villes d’une autre version) mais bien la joie de notre Seigneur. Notons au passage que nous ne sommes pas propriétaires mais seulement gestionnaires de nos talents, et que c’est pour Lui et non pour nous, que nous sommes appelés et trouverons l’énergie pour les mettre en œuvre. En ce sens, gérer sa carrière comme « faire porter du fruit aux talents dont nous sommes responsables » n’est pas optionnel. En particulier je voudrais souligner dès maintenant l’un de nos talents : notre employabilité, nous avons à y être attentifs. Comment à 35, 45 ou 55 ans suis-je prêt à affronter à nouveau le marché du travail (entretien d’un réseau, formation continue, économie permettant la création d’un commerce etc …) seul, et en couple ? Exemple de Philippe, consultant performant à qui l’on a fait comprendre qu’il ne serait pas partner et qui se refusait à une baisse de revenus, il a mis 3 ans à trouver un nouveau travail alors même qu’il avait toute compétence … Prenons un autre passage, illustrant ce propos : Lc 16 (1_13) 01 Jésus disait encore à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé parce qu’il gaspillait ses biens.02 Il le convoqua et lui dit : ’Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires.’03 Le gérant pensa : ’Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance ? Travailler la terre ? Je n’ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.04 Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, je trouve des gens pour m’accueillir.’05 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ’Combien dois-tu à mon maître ? -06 Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ’Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’07 Puis il demanda à un autre : ’Et toi, combien dois-tu ? - Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ’Voici ton reçu, écris quatre-vingts.’08 Ce gérant trompeur, le maître fit son éloge : effectivement, il s’était montré habile, car les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. 09 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. 10 Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est trompeur dans une petite affaire est trompeur aussi dans une grande. 11 Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? 12 Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera ? 13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera le premier, et aimera le second ; ou bien il s’attachera au premier, et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. Première remarque, pour éviter tout contre sens, très probablement la remise accordée par l’intendant a-t-elle été faite sur la marge personnelle de celui-ci. Pour assurer son avenir, il est prêt à sacrifier une partie de son confort d’aujourd’hui. Nous retrouvons l’idée précédente : notre vrai bien, celui vers lequel nous devrions tendre, nous le recevons de Dieu. C’est de Lui que nous recevrons la joie et la liberté de cultiver les biens étrangers. Nous sommes donc bien d’accord, il s’agit de prendre au sérieux notre vie professionnelle, et de nous y employer même si cela nous coûte. 2) Mais quelle carrière voulons-nous poursuivre, comment et dans quel but ? Un texte bien connu peut nous éclairer : Lc 12 (16-21) En ce temps-là, le Seigneur dit cette parabole. Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté ; et il se demandait en lui-même : « Que vais-je faire ? car je n’ai pas où loger ma récolte. » Puis il se dit : « Voici ce que je vais faire. Je vais abattre mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y serrerai tout mon blé et mes biens, et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, réjouis-toi ! » Mais Dieu lui dit : « Insensé ! Cette nuit même on va te redemander ton âme ; et ce que tu auras amassé, qui l’aura ? » Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu. La première question sera : qu’est-ce que je veux ? Prenons le temps de faire remonter en nous nos désirs, même les plus frivoles … A la fois les concepts généraux : argent, pouvoir, reconnaissance, célébrité, discrétion, sécurité, image de soi, service, confort, repos, plaisir, expertise, connaissance, culture, disponibilité, paix, maîtrise de soi … Mais aussi les réalités bien concrètes qui les accomplissent (maison, collection d’art, tel poste dans telle société, tel mandarinat, tel appartenance à tel club, tel cercle, telles publications, interview, telles invitations, telle décoration, tel rythme de vie etc …). Attention, ne culpabilisons pas au mauvais moment : nous avons des désirs, rien que de très normal. Notre dignité et notre responsabilité s’exerce avec notre cœur qui choisit où il se donne, pas avec nos inclinations (celles-ci peuvent évoluer avec la pratique des vertus et rendre ainsi petit à petit l’exercice de nos choix plus aisé). Il pourra être intéressant, dans un second temps, de voir d’où viennent ces désirs (font-ils écho à une soif intérieure personnelle, sont-ils suscités par une culture « pub » astucieuse – cf les suppléments hebdomadaires des quotidiens financiers – ou alors sont-ils un peu « fou » et viendraient-ils de Celui qui nous transcende ???). La seconde question, naturellement, sera : quels moyens devrais-je mobiliser pour accomplir tel désir ? Est-ce à ma portée (réalisme, humilité) ? Les désirs irréalistes risquent d’être décourageants et démotivants. Une question successive, un peu différente, sera la suivante : A quel coût ? Qui va en supporter le coût ? (moi-même, mon conjoint, ma famille, mes proches, les pauvres … le Seigneur ? ) Cf notre ami de la parabole précédente : son but, c’était une vie de célébrations, de joie et de repos (en tout cas, on peut faire une telle lecture « positive »). Ses moyens : un travail acharné (pourquoi pas ?). Le coût : son âme et son cœur, les pauvres qu’il n’a pas vu, sa famille ? En fait, si nous prenons le temps, une troisième question surgit. Soit naturellement, soit, et on le voit autour de nous, à la suite d’un de ces « accidents » (heureux ou douloureux, la souffrance et la joie étant souvent mêlées) de la vie : la naissance d’un enfant, la mort d’un proche, une crise dans le couple, un échec professionnel, une opportunité providentielle, la fameuse CMV etc … « Finalement, tout ça pour quoi ? » Le travail de réflexion que nous sommes appelés à faire va nous conduire, en fait, à choisir le bien, le beau, le vrai … Et qu’est-ce que la Vérité ? Question que Pilate posait, sans véritablement chercher la réponse, alors que la Vérité était devant lui. Donc si nous nous posons ces questions (quelle carrière ???) le Seigneur nous répondra, mais sa réponse pourra ne pas nous plaire tout de suite … Je reçois souvent des jeunes plein d’idéal qui viennent me voir parce que c’est motivant, un catho qui arrive à bosser dans des métiers glamour. A priori leur priorité est de rester fidèle au Seigneur … mais bien souvent on découvre que ce qui les fascine c’est le monde apparemment facile de l’argent, et tant pis si c’est au prix d’une ambiance détestable, d’un rythme « de célibataire », et le rêve c’est de pouvoir faire ça ET de rester catho. Il leur est impossible d’imaginer un bonheur sans ces métiers. Si on leur propose d’envisager d’autres styles de vie, de rencontrer des personnes qui ont réussi autrement, il n’en est généralement pas question. Pour eux, être catho est un plus, mais la vie en Dieu n’est pas le cœur de leur existence. Et pourtant … A quoi sera ordonnée notre carrière ? Une question classique se pose souvent en ces termes : quelles sont mes priorités ? Un cadre peut être proposé comme suit : Dieu, moi-même, mon conjoint, mes enfants, ma famille, mon travail, l’Eglise, ma cité, les pauvres … Mais il n’est pas si simple de « vérifier » que l’ordre est bien respecté … Dieu ne crie pas quand on lui marche sur les pieds. Et l’amour de soit peut prendre toute forme, de l’humble dépendante gratitude à l’orgueilleuse idolâtrie. Il me semble pourtant que c’est bien le podium de tête qui est important dans cette question de carrière. Pour cela, nous avons notre conscience. (St Dorothée de Gaza) « Mets-toi d'accord au plus tôt avec ton adversaire, tandis que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge, le juge aux gardes, et qu'ils ne te jettent en prison. En vérité, je te le dis, tu n'en sortiras pas que tu n'aies payé jusqu'au dernier centime » (Mat. 5, 25-26). Pourquoi appeler la conscience « adversaire » ? Parce qu'elle s'oppose constamment à notre volonté mauvaise ; elle nous blâme si nous ne faisons pas ce que nous devons faire, et de même, si nous faisons ce que nous ne devons pas faire, c'est elle encore qui nous accuse. Voilà pourquoi on l'appelle « adversaire » et on nous donne ce conseil : « Mets-toi d'accord au plus tôt avec ton adversaire, tandis que tu es en chemin avec lui. » Le chemin, comme l'explique saint Basile, c'est le monde présent. Efforçons-nous donc, frères, de garder notre conscience, tant que nous sommes en ce monde, prenant soin de ne pas encourir son blâme en quoi que ce soit, et de ne jamais la fouler aux pieds pour la moindre chose. Car vous savez que, de ces petites choses soi-disant sans importance, on en vient à mépriser aussi les grandes. On commence par dire : Qu'importé, si je dis ce mot ? Qu'importé, si je mange ce petit morceau ? Qu'importé, si je m'occupe de cette affaire ? A force de dire : Qu'importé ceci, qu'importé cela, on contracte un chancre mauvais et irritant, on se met à mépriser jusqu'aux choses importantes et plus graves, à piétiner sa conscience, et finalement on court le danger de tomber degré par degré dans une totale insensibilité. Veillez donc, frères, à ne pas négliger les petites choses, veillez à ne pas les mépriser comme insignifiantes. Elles ne sont pas petites, c'est un chancre, c'est une habitude mauvaise. Soyons vigilants, prenons garde aux choses légères, tant qu'elles sont légères, pour qu'elles ne deviennent pas graves. Vertu et péché commencent par de petites choses, mais conduisent à de grandes, soit bonnes, soit mauvaises. Aussi le Seigneur nous exhorte-t-il à garder notre conscience, sous la forme d'un avertissement adressé à quelqu'un en particulier : Vois ce que tu fais, malheureux, attention ! « Mets-toi d'accord au plus tôt avec ton adversaire, tandis que tu es en chemin avec lui. » Puis il ajoute, pour montrer le caractère redoutable et dangereux de la situation : « De peur qu'il ne te livre au juge, le juge aux gardes, et qu'ils ne te jettent en prison ». Et après ? « En vérité, je te le dis, tu n'en sortiras pas que tu n'aies payé jusqu'au dernier centime. » Car c'est elle, la conscience, comme je l'ai dit, qui nous instruit du bien et du mal par ses reproches et nous montre ce qui est à faire ou à ne pas faire. Et c'est elle encore qui nous accusera dans le siècle à venir. C'est pourquoi le Seigneur dit « De peur qu'il ne te livre au juge... » et la suite. Mais garder sa conscience présente une grande diversité d'applications. On doit la garder à l'égard de Dieu, à l'égard du prochain, à l'égard des choses matérielles. A l'égard de Dieu d'abord, en prenant soin de ne pas mépriser ses commandements même dans les choses qui échappent au regard des hommes et dont aucun d'eux ne demandera compte. Celui-là garde sa conscience pour Dieu dans le secret, qui évite par exemple de négliger la prière, de manquer de vigilance lorsqu'une pensée passionnée surgit dans son cœur, de s'y arrêter et d'y consentir ; qui évite de soupçonner et de juger le prochain sur les apparences, quand il le voit dire ou faire quelque chose ; en un mot, tout ce qui se passe dans le secret et que personne ne connaît sinon Dieu et notre conscience doit être l'objet de notre vigilance. Et c'est cela, la conscience à l'égard de Dieu. La conscience à l'égard du prochain consiste à ne faire absolument rien de ce que l'on sait devoir l'affliger ou le blesser, que ce soit une action, une parole, une attitude ou un regard. Car il est des attitudes blessantes pour le prochain, je vous le répète souvent ; un regard aussi peut le blesser. Bref, toutes les fois que l'homme sait qu'il agit dans le dessein de troubler le prochain, sa propre conscience en est souillée, puisqu'elle voit bien qu'il a l'intention de nuire ou d'affliger. Il faut prendre soin de ne pas agir ainsi. Et c'est cela, garder sa conscience à l'égard du prochain. Enfin garder sa conscience à l'égard des choses matérielles, c'est éviter d'en faire mauvais usage, ne rien laisser se perdre ou traîner, ne pas dédaigner de ramasser et de remettre à sa place un objet qu'on voit tramer, si vil soit-il ; c'est éviter aussi de maltraiter ses vêtements. Quelqu'un pourrait, par exemple, porter encore son vêtement une ou deux semaines, et, sans attendre ce délai, il s'empresse d'aller le laver et le battre. Alors qu'il aurait dû lui servir cinq mois ou même davantage, il l'use à force de lavages et le rend inutilisable. C'est agir contre sa conscience. De même pour la literie. On pourrait souvent se contenter d'un simple chevet, et on désire un grand matelas. On a une couverture de poils, et on veut la changer contre une autre, neuve ou plus belle, par frivolité ou par dégoût. On pourrait se contenter d'un manteau fait de plusieurs pièces, mais on réclame un lainage, et peut-être même se fâchera-t-on, si on ne le reçoit pas. Si, de plus, on se met à jeter les yeux sur son frère et à dire : « Pourquoi lui a-t-il ceci, et pas moi ? Celui-là est heureux » ! Voilà un grand progrès ! Ou bien encore, on étend sa tunique ou sa couverture au soleil, on néglige de la reprendre et on la laisse s'abîmer. C'est aussi agir contre la conscience. Il en est de même pour les aliments. On pourrait se satisfaire avec un peu de légumes verts ou secs, ou avec quelques olives. Mais au lieu de s'en contenter, on recherche une autre nourriture plus agréable ou plus coûteuse. Tout cela est contre la conscience. Vous me voyez venir : le Chrétien va passer du pour quoi au pour Qui. 3) Gérer sa carrière pour et avec Jésus, ou réconcilier ambition et vocation. La pointe va être de réconcilier les désirs humains (3 sources d’inspiration : Dieu, soi-même, le Satan) avec ceux du Bon Dieu. Pardonnez-moi si j’enfonce des portes ouvertes, mais tout devient plus simple quand on a enfin accepté que le Bon Dieu est bon et que donc ce à quoi Il nous appellera ne va pas contrarier notre épanouissement, y compris ce qui a priori pourrait y sembler contraire (c’est bien sur la Croix que Jésus a été fait Seigneur, c’est bien par la Croix que la mort est vaincue, c’est bien à la Croix que le pauvre est rejoint et l’humanité réconciliée, c’est bien la Croix l’arbre de Vie). Et ne mégottons pas avec le Seigneur, faisons lui confiance vraiment. Regardons Marie, son ambition était une consécration virginale, et sa vocation, Mère de Dieu, apparemment incompatible, Dieu les a réconciliées. Joseph, son ambition était de s’effacer devant le mystère de Dieu, et sa vocation, être mari de Marie et père de Jésus, là aussi, Dieu a pu « travailler » librement pour inventer une voie de salut à la fois providentielle et respectueuse. Nous allons apprendre à être de plus en plus libres et audacieux. En nous appuyant sur la confiance que nos cheveux sont tous comptés, nous apprendrons à distinguer l’essentiel de l’accessoire (« Ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à manger ni de ce dont vous vêtirez, votre Père Céleste sait bien que vous en avez besoin. Vous, cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa Justice, et tout le reste vous sera donné par-dessus le marché ») etc … Nous allons apprendre, petit à petit, à aimer ce que Dieu aime (car nous aurons fait l’expérience qu’Il aime ce qui nous comble) et à désirer ce qu’Il désire (et le premier désir de l’Amour, c’est d’aimer et d’être aimé). Suis-je prêt à dire oui en tout au Seigneur, « possédant comme n’ayant rien », me dépensant de tout cœur pour parvenir au plus grand et au plus haut, mais prêt à tout abandonner, à changer de plan, à le suivre quoi ! Je connais un banquier londonien heureux en pleine ascension qui a changé radicalement de carrière, devenant chasseur de têtes à Paris pour plus de disponibilité pour servir le Seigneur dans une mission particulière qui les rend, lui, sa femme et leurs enfants, tellement plus épanouis et « riches ». Mais comment ??? Nous avons passé la première étape qui est de vivre dans la réalité. Si je n’aime pas les maths, si je n’aime pas les calculs, si je n’aime pas les ordinateurs : je ne vais pas prendre un poste d’analyste quantitatif, même s’il est prestigieux, que j’y ai des amis et que j’aurais les capacité intellectuelles de m’en tirer. Si je suis incapable de passer ma vie à harceler des clients pour leur vendre ce dont ils n’ont pas crucialement besoin, je ne vais pas prendre un poste à forte dimension « vente » même si je comprends bien les besoins des clients que je connais comme personne etc etc … Une fois cette opération vérité réalisée (attention cependant, à se caler sur le vrai caractère, et non le personnage désiré ou imposé par l’extérieur), et il y a des outils pour ça (MBTI, par exemple), comment me rendre disponible pour converser avec le Bon Dieu ? Je vous renvoie au carrefour sur la prière que vous trouverez sur le site de P&T. laissez-moi simplement partager ces évidences : il est nécessaire de faire silence, de s’arrêter. L’esprit de pénitence et sa pratique nous conduisent à nous détacher sincèrement de ce que nous possédons de superflu, et parfois même de nécessaire, et qui nous empêche d’“être” vraiment ce que Dieu veut que nous soyons: “Là où est ton trésor, là est ton cœur”. Notre cœur est-il attaché aux richesses matérielles? au pouvoir sur les autres? à des subtilités égoïstes de domination? Alors, nous avons besoin du Christ Libérateur de Pâques qui, si nous le voulons, peut nous défaire de toutes ces bandelettes de péché qui nous entravent. (JPII, message de Carême 1980) Nous le comprenons bien, il n’y a en fait aucun critère pour nous, si ce n’est l’amour. Aime et fais ce que tu veux, la maxime d’Augustin s’applique bien sûr par excellence à notre sujet. Soyons bien convaincus, la mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure, et Dieu qui est maître de tout ne nous laissera pas les mains vides, y compris dans nos désirs les plus futiles (les asperges de Thérèse d’Avila …). L’Eglise ne manque pas de carrières les plus variées et les plus « réussies ». Ignace de Loyola aura trouvé des gloires et des conquêtes bien plus élevées que celles de tous ses romans de chevalerie. Pour certains, et ils sont nombreux, le choix d’une carrière ne se pose pas. On est là où on est et il faut faire avec. De plus, bien souvent, les conditions, les contraintes extérieures ne sont pas porteuses, et l’on y vit une frustration de nos capacités, de notre créativité. Comment recevoir cet aspiration à cultiver nos talents ??? Il y a bien sûr toutes les autres dimensions de la vie (sociale, associative, culturelle, familiale, ecclésiale etc …). Mais il ne faudrait pas se résigner à vivre notre engagement professionnel de manière exclusivement passive et négative. Ce n’est pas le lieu de ce carrefour, mais le Seigneur peut nous aider à changer notre manière de vivre une situation objectivement douloureuse (cf Walter Ciszek, He Leadeth me, Ignatius Press). Comment découvrir le pauvre talent plutôt que d’attendre les conditions meilleures pour les 5 talents potentiels ? Comment se donner avec cœur à chaque instant, sûrs que notre vie a densité d’éternité en tout lieu et en tout temps, et qu’il est possible d’y découvrir la présence continuelle de Dieu ? etc … ceci n’est sans doute vivable aussi que par un soutien fraternel véritable. On aurait pu aborder la dimension temps (la patience obtient tout), et toute sorte d’éléments pour aider à discerner ET A CHOISIR Mais le temps nous manque, alors terminons par un dernier exemple de gestion de carrière dans l’Evangile : Mt 20 (17-28) 17. Et Jésus montant à Jérusalem, prit à part les douze, et leur dit en chemin : 18. Voici, nous montons à Jérusalem, et le fils de l'homme sera livré aux principaux sacrificateurs et aux scribes, et ils le condamneront à mort ; 19. et ils le livreront aux païens, pour qu'ils s'en moquent et le battent de verges et le crucifient ; et le troisième jour il ressuscitera. 20. Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de lui avec ses fils, se prosternant et lui demandant quelque chose. 21. Et il lui dit : Que veux-tu ? Elle lui dit : Ordonne que ceux-ci, mes deux fils, soient assis l'un à ta droite et l'autre à ta gauche dans ton royaume. 22. Mais Jésus répondant dit : Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Ils lui disent : Nous le pouvons. 23. Il leur dit : Il est vrai que vous boirez ma coupe ; mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de le donner, mais cela est donné à ceux à qui cela a été préparé par mon Père. 24. ? Les dix ayant entendu cela, s'indignèrent contre les deux frères. 25. Mais Jésus les ayant appelés, dit : Vous savez que les princes des nations les asservissent et que les grands exercent sur elles leur puissance. 26. Il n'en sera pas ainsi parmi vous ; au contraire, quiconque voudra être grand parmi vous, sera votre serviteur ; 27. et quiconque voudra être le premier parmi vous, sera votre esclave ; 28. de même que le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. Seigneur, nous avons confiance que tu veux combler tous nos désirs et que tu réponds à nos prières. Alors aujourd’hui nous venons vers toi et nous te demandons : donne-nous le désir d’être grand et premier ! Donnes-nous la générosité et le courage pour mettre en œuvre ce qu’il faut pour y parvenir ! Et nous te laissons tout droit pour nous conduire afin que nous soyons grands et premiers à ton exemple, selon ton cœur doux et humble.
Laurent Morteuil
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